« La France souffre d’une insuffisance de régionalisation »
Jean-Jack Queyranne est la tête de liste socialiste aux élections régionales. Il est aussi le président sortant d’une Région qu’il dirige, avec son équipe, depuis 2004, Interview.
Jean-Jack Queyranne, vous présidez la région Rhône-Alpes depuis six ans. Existe-t-il, selon vous, une identité régionale ?
Jean-Jack Queyranne : notre région n’a pas d’identité historique comme la Bretagne ou la Bourgogne. Mais je crois qu’une conscience régionale est en train de se forger sur le fait que la Région est une collectivité d’avenir, car c’est dans son cadre que l’on peut concevoir des projets. Nous avons la taille suffisante. Nous sommes ouverts à l’international et c’est une région dont tout le monde apprécie la qualité de vie. Sur le plan démographique, Rhône-Alpes compte six millions d’habitants, c’est-à-dire plus que dix des pays de l’Union européenne.
Le poids des Régions va-t-il encore s’accentuer avec la réforme territoriale ?
Pour moi, c’est une contre-réforme. Elle s’inscrit à contre courant de l’histoire et de ce qui se passe en Europe. Ce que veut le président de la République, c’est concentrer et centraliser les pouvoirs. Or, ce qui pouvait être valable au xixe siècle n’est plus d’actualité. Cette réforme vise à faire des régions les simples relais de poste de l’Élysée. Je m’inscris contre cela. Quand on regarde le budget de la Région et qu’on le compare à celui de la Catalogne par exemple, on voit la différence. Le budget de Rhône-Alpes, c’est 2,4 milliards d’euros. Le budget de la Catalogne, c’est 37 milliards d’euros. La France souffre d’une insuffisance de régionalisation.
Vos adversaires disent que la Région est fortement endettée. Est-ce vrai ?
Il faut tordre le coup aux fausses affirmations. L’endettement de la Région est de moins de 3 ans. Or, la Région fait des investissements : quand on finance des voies de chemin de fer, quand on achète du matériel ferroviaire, quand on réhabilite des lycées… Ce qu’il faut, c’est trouver le bon équilibre entre l’emprunt et l’autofinancement. Cet équilibre, nous l’avons maintenu durant tout le mandat : 50 % d’autofinancement et 50 % d’emprunt sur l’investissement. J’ajoute qu’à la Région, il n’y a pas d’emprunt toxique, donc une bonne gestion. Je rappelle aussi que nous empruntons en une année ce que l’État emprunte en une demi-journée. La dette de la Région est donc un millième de la dette de l’État.
Ils disent aussi que les marges de manœuvre sont ténues…
La question des marges de manœuvre est posée avec la réforme de la taxe professionnelle, car elle vise à priver la Région d’une ressource essentielle. Or, pour 2011, on est complètement dans le brouillard… Mais je le répète : les fondamentaux financiers de la Région sont bons. Pour 2011 ? Ça va dépendre des discussions parlementaires et de la force de résistance qui s’exprimera à l’occasion de ces élections. Je constate une chose : la seule Région de droite comparable, à savoir l’Alsace, a augmenté ses impôts au même niveau que la Région Rhône-Alpes, mais elle est deux fois plus endettée.
Rhône-Alpes va disposer d’un nouveau siège dont le montant devrait dépasser les 200 millions d’euros… Ce chiffre est-il bien raisonnable ?
Ce n’est pas 200 millions, on raconte n’importe quoi. Le chiffre, fin 2009, c’est 135 millions d’euros. La dépense du siège est maîtrisée et le coût pour la Région sera, in fine, de 30 millions d’euros, compte tenu de la vente du site de Charbonnières et des économies de location et de frais de gestion de l’ensemble des bâtiments qui complètent les services de la Région, en dehors de Charbonnières. Le reste, c’est un faux procès. D’autant que tout le monde savait que la Région ne pouvait pas continuer à bien travailler à Charbonnières. 40 % des personnels sont dans des préfabriqués.
À quand le ticket de transport unique en Rhône-Alpes ?
Nous inscrirons dans notre programme le principe d’un coup maximum pour l’usager dans sa relation domicile-travail de deux euros maximum par jour. Nous souhaitons améliorer la coordination des moyens de transport, avec un titre de transport unique qui est la carte OùRA. Elle est en train de se déployer et l’on veut la développer.
La formation professionnelle est une des compétences de la Région. Or, les artisans sont de plus en plus critiques : problèmes liés à la sécurité, démotivation, fuite des compétences… Faut-il changer de cap ?
L’apprentissage est un grand succès des régions. En Rhône-Alpes, en 2005, il y avait 32 000 apprentis. Aujourd’hui, il y en a 42 000. Cela prouve que les Régions, ça marche ! Si on était resté dans un système d’État, on serait très loin de ces résultats. L’apprentissage apparaît comme une bonne voie de formation, même s’il y a des métiers qui ont encore des difficultés à recruter.
Au niveau économique, des bassins d’emplois tels le Nord-Ardèche, la Drôme, avec la crise du textile sont durement touchés. Préconisez-vous des mesures spécifiques pour ces territoires ?
La Région a fait deux plans de soutien à l’économie et à l’emploi. Il y avait un volet sur les travaux de la Région. On assure 20 % d’avance sur les marchés et non plus 5 l %, ce qui fait la trésorerie des entreprises. Ce volume des travaux publics a fait que la France a pu tenir le coup face à la crise. Nous avons aussi pris un certain nombre de mesures en direction des entreprises sur l’accès au crédit et, en liaison avec la CGPME et les chambres, pour permettre aux PME de se repositionner sur les marchés. Pour ce qui est de la formation, on a appliqué le principe : former plutôt que chômer et licencier.
Demain, qu’est-ce que la Région pourra faire de plus ?
En Rhône-Alpes, le chômage augmente, mais il y a une volonté des entreprises et des partenaires sociaux de maintenir l’outil de travail. Nous devons être prêt à rebondir à la sortie de la crise. Le rôle de la Région a été de permettre de passer le cap et sera d’aider à repartir en misant sur l’innovation. Nous avons, au cours de ce mandat, triplé le budget recherche et innovation. C’est 3 % du budget régional. Je proposerai de le porter à 5 % au cours du mandat.
La gauche est divisée. Au second tour, vous allez devoir vous réunir en fonction des résultats obtenus. Vous pensez pouvoir faire la synthèse ?
Je suis celui qui peut réaliser cette synthèse. Je le dis sans excès. Pendant six ans, j’ai dirigé cette Région. Chacun a pu avancer ses idées et les compromis nécessaires à la gestion ont été passés. Il n’y a pas eu d’anicroches. J’aurais souhaité et je souhaite toujours que nous puissions aller au premier tour ensemble. On pouvait gagner au premier tour et avouez que ça aurait eu de la gueule. Certains veulent se compter. Moi j’ai dit que j’étais ouverte à une alliance arc-en-ciel. Ma liste sera ouverte et, au deuxième tour, on réalisera les alliances nécessaires pour bien diriger la Région. Ce n’est pas une affaire de boutique politique.
Propos recueillis par Nicolas Bernard
Retrouvez également toute l’information sur les élections régionales sur le blog des régionales en Rhône-Alpes.

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