Régionales - « Europe écologie peut devenir une force politique alternative de l’UMP et du PS »
Entré en politique, il y a quelques mois à peine, Philippe Meirieu sera tête de liste d’Europe Ecologie aux prochaines élections régionales.
Pourquoi avez-vous choisi Europe Écologie ?
Si j’ai été proche dans le passé du Parti socialiste, j’ai aussi souvent marqué ma différence avec ce dernier. Je trouvais que ce parti n’allait pas assez loin, qu’il avait manqué à plusieurs reprises d’inventivité et qu’il était grippé par son fonctionnement interne. Europe écologie, c’est une manière différente de faire de la politique. J’ai la conviction qu’Europe Écologie peut devenir une force politique alternative et sortir de ce ping-pong où l’UMP et le PS se passent le pouvoir de mandature en mandature au niveau national comme au niveau local. Il faut retrouver de la fraîcheur et de l’enthousiasme pour la politique. Ce que les partis traditionnels ne sont plus capable de porter.
Depuis le début de la campagne, les attaques les plus nombreuses sont venues du PS. Les socialistes ont-ils une peur verte de Philippe Meirieu ?
Non, les socialistes n’ont pas peur de moi. Le PS a beaucoup de difficultés à accepter de ne pas toujours être hégémonique à gauche. Jean-Jack Queyranne nous a dit à plusieurs reprises « Ma porte est ouverte, vous pouvez partir avec nous ». Mais pour le PS avec nous, c’est toujours derrière nous.
Quel point positif ressortez-vous du bilan du président Queyranne ?
Il y a des dossiers où il y a eu des avancées significatives comme, par exemple, le volet des transports express régionaux. Les Verts ont d’ailleurs pesé de manière significative dans un certain nombre de délibérations. Mais il faut aller plus loin. Il faut repenser la notion même de déplacement des Rhônalpins. Réfléchir à la manière dont les TER peuvent être connectés à d’autres modalités. Il faut également penser à d’autres modes de transport comme le covoiturage. Une agence rhônalpine dans ce domaine serait une bonne chose. Nous proposons aussi d’offrir un vélo à tous les lycéens qui en justifieraient l’usage.
Vous allez donc continuer à investir dans les TER ?
Je suis très heureux de la décision de réouverture d’une ligne en Ardèche mais il faut aller plus loin. Il y a deux manières de traiter la question des transports. La première, c’est de trouver des moyens pour améliorer les transports. La seconde est de trouver des moyens pour rendre un certain nombre de transports inutiles. Comment ? En relocalisant des emplois et en réfléchissant à l’aménagement du territoire.
Quels sont les projets qui vous ont déplu au cours du mandat ?
Nous avons évoqué notre opposition à l’aide de la région pour la création d’un Center parc (à Roybon, Nord Isère). Nous pensons, d’une part, que le retour en termes d’emplois est aléatoire aux vues de l’investissement et d’autre part ce n’est pas notre conception du tourisme. La reconstitution dans des bulles de verre du climat tropical, c’est un peu comme les stations de ski en plein désert de Dubaï. Je ne trouve pas que cela soit la meilleure manière de valoriser Rhône-Alpes. Nous avons des richesses touristiques (culturelles, gastronomiques, naturelles) autrement plus valorisantes.
Existe-t-il une identité régionale ?
Rhône-Alpes est le fruit d’un découpage administratif qui peine à trouver son identité. Elle n’est pas construite mais elle est possible. On peut la développer. Elle doit être portée par la région comme une question prioritaire. Comment ? Il faut que les gens de l’ensemble du territoire se sentent participer à une même collectivité qui prend des décisions qui ont un rapport avec leur quotidien. Plus on sera capable de faire exister un exécutif qui parle aux gens de leur quotidien, des problèmes qu’ils rencontrent, plus la région aura une parole forte, plus elle existera.
Quelle est votre position sur la future réforme territoriale ?
Nous sommes d’accord sur le fait qu’il y a des échelons de trop qui compliquent la gestion. Le problème, c’est que cette réforme ne répond ni sur la forme ni sur le fond à ce qu’il faudrait faire. Le scrutin uninominal à un tour proposé n’est pas bon car il va supprimer la parité homme-femme et va outrageusement profiter aux gros partis majoritaires.
La région dépense-t-elle trop d’argent pour sa communication ?
Elle n’en fait pas trop mais elle ne fait pas assez bien. La communication de la région aujourd’hui est une communication d’image et insuffisamment citoyenne. Elle doit rendre plus lisible les enjeux régionaux.
Préconisez-vous des mesures spécifiques pour les territoires durement touchés par la crise économique ?
Il faut des aides spécifiques en matière de reconversion. La Région a un outil formidable : la formation. Elle consacre d’ailleurs la moitié de son budget sur ce volet. Or, je suis surpris de constater qu’elle n’utilise pas suffisamment ce levier. Elle gère sur l’habitude. Elle doit être volontariste. Nous pouvons engager des choses comme encourager au regroupement d’employeurs pour passer à la continuité du revenu pour les salariés en CDD. Il faut aussi développer les sociétés coopératives ouvrières. Il faut faire de la formation une machine de guerre contre le chômage.
Quelles sont vos priorités en matière de formation des jeunes ?
Il faut travailler sur l’équilibre entre lycée professionnel, agricole et enseignement général. On ne cesse de proclamer l’égale dignité des lycées mais on ne fait toujours pas faire de philosophie aux élèves des lycées professionnel. Un tiers de notre jeunesse est condamné à ne pas réfléchir sur la vie, l’amour, la mort. Les lycées professionnels sont parfois un peu coupés de la réalité du tissu économique de proximité. On doit multiplier les échanges avec les artisans et les PME. Mais attention, il ne faut pas caler la formation sur les besoins de l’économie car nous aurons des jeunes employables à la sortie mais pas adaptables sur la durée. Aujourd’hui, nous sommes dans une société qui achète, jette, ne répare pas et gaspille.
C’est pourquoi, nous croyons beaucoup en l’artisanat et aux PME qui peuvent nous aider à réparer et à mettre aux normes les bâtiments ou choses qui doivent l’être.
Propos recueillis par Ghislain Gros
Retrouvez également toute l’information sur les élections régionales sur le blog des régionales en Rhône-Alpes.

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