Régionales - « Le Modem va créer la surprise de ces élections »

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Fils d’immigrés algériens, intellectuel, ancien ministre de Dominique de Villepin,  Azouz Begag conduira la liste régionale du Modem.  Ce sera son baptême du feu politique.
Existe-t-il une identité rhônalpine ?
Quand vous habitez Saint-Etienne, vous ne voyez pas Lyon comme la ville voisine et amicale, au contraire. La Région en tant qu’institution est très largement méconnue de la population. Seulement 20 % des Rhônalpins peuvent citer le nom de son président. Il y a une identité à construire. C’est ce que je veux faire.
Quel bilan tirez-vous de cette mandature ?
Pendant ces six ans, le conseil régional a dépensé 24 millions d’euros dans la communication, employé vingt personnes permanentes, pour faire connaître l’Institution et ses actions. Au bout du compte, arriver à n’être connu que d’un habitant sur cinq, c’est un grave déficit démocratique. La très grande majorité des Rhônalpins ne peut donc ni contester ni valider les actions menées par le conseil régional. Pour moi, le bilan de Jean-Jack Queyranne est la continuation du travail de la précédente présidente, Anne-Marie Comparini, laquelle était elle-même dans la continuité de la politique de Charles Millon.
Poursuivrez-vous l’effort engagé en matière de transport ferroviaire ?
Évidemment. Nous poursuivrons le travail initié depuis deux décennies dans tous les domaines de compétences du conseil régional, pour plus de transport collectif, plus de maillage territorial, davantage de solidarité entre les territoires, pour réduire les inégalités de déplacement.
Comment envisagez-vous cette campagne ?
Les gens veulent savoir ce que vous avez dans vos tripes, si vous n’allez pas les tromper. Le Modem ne pourra pas séduire les électeurs traditionnels de l’UMP, du Parti socialiste, du Front National. Je vais aller chercher les 80 % de jeunes de moins de 25 ans qui ne sont pas allés voter aux élections européennes, parce qu’ils se fichent de la politique, des politiciens. Ils ne croient pas du tout que les politiques peuvent résoudre leurs problèmes. Je vais leur donner des raisons d’aller voter.
Quelles sont ces raisons ?
Je veux une éthique politique nouvelle. Tous les candidats qui œuvreront avec moi admettent qu’ils n’auront qu’un mandat renouvelable une fois. Avec un engagement aussi puissant, les électeurs auront le pouvoir de nous faire confiance. C’est majeur. Ensuite, je ferai des propositions concrètes, comme installer dans chaque classe terminale de chaque lycée de la Région, un délégué régional de classe, pour informer les lycéens sur ce que fait le conseil régional. Je voudrais aussi créer une vice-présidence à l’égalité des chances. Dans l’économie, l’éducation, la formation, il faut décloisonner les milieux sociaux, territoriaux (jeunes des banlieues, jeunes ruraux), pour favoriser la diversité. Quand je visite des entreprises, je regarde la composition des effectifs salariés, des conseils d’administration, de la hiérarchie. S’il y a de la diversité, entre hommes et femmes, entre Français « de souche » et Français « d’ailleurs », entre handicapés et non handicapés, entre personnes âgées et jeunes, je peux conclure que les sources d’irrigation fonctionnent bien. S’il n’y a pas cette diversité, ça signifie qu’il existe des goulots d’étranglement.
Quelles sont vos autres propositions originales ou inédites ?
En matière de covoiturage, dans les villes disposant d’un transport urbain, je veux expérimenter la possibilité pour les voitures roulant avec 4 ou 5 personnes à bord, d’emprunter les couloirs réservés au bus. Cela existe à Los Angeles aux Etats-unis.
Je veux aussi créer une vice-présidence aux accessibilités, car les plus vulnérables sont écartés de l’accès aux transports, à la tarification sociale, aux grandes écoles, aux stages — c’est essentiel. Je voudrais créer aussi une banque régionale du tutorat. Sur les 6 millions d’habitants de Rhône-Alpes, il y a des centaines de milliers de bonnes volontés : retraités, ingénieurs, étudiants, chefs d’entreprises, etc. qui souhaitent, si on leur demande, apporter leurs contributions pour une meilleure solidarité rhônalpine. De l’autre côté, il y a des personnes en demande de coups de pouce, pour un stage, une formation, un premier contact professionnel. Cette banque régionale pourrait mettre les uns et les autres en relation. Je veux formaliser la solidarité citoyenne.
Rhône-Alpes, première région industrielle française, souffre plus que d’autres de la crise. Comment la collectivité peut-elle aider les entreprises à relever la tête ?
Quelle question ! C’est indiscutable que la Région doit apporter plus d’aides, plus d’accompagnement, de formation pour les gens qui ont perdu leur emploi.
Que pensez-vous de la réforme des collectivités territoriales ?
Elle a un avantage. Elle réinvente un homme politique relais, entre le conseiller général et le conseiller régional, incarné par une seule personne. C’est mieux pour la lisibilité. Je souhaite que le conseil général disparaisse. La Région deviendra de plus en plus l’entité politique majeure dans les vingt années prochaines. Mais encore faut-il laisser la démocratie jouer. Il est hors de question d’avoir un seul scrutin uninominal à un tour. Il y a une tentative d’escroquerie politique de la part de l’UMP, qui veut s’octroyer la majorité des sièges.
Après l’échec aux élections européennes, votre parti joue « gros ». La barre pour figurer au second tour est placée à 10 % des voix. Comment abordez-vous ce scrutin ?
Nous allons créer la surprise en dépassant la barre des 10 %, et en allant chercher tous ceux qui ne croient plus à la politique sur la base de notre éthique politique. Est-ce que c’est Françoise Grossetête qui acceptera de renoncer à son mandat européen ? Est-ce Jean-Jack Queyranne qui acceptera de ne plus être que conseiller régional ? Iront-ils sur les marchés devant les gens dire : « nous sommes cumulards pour mieux vous servir ? » Ce n’est pas possible.
Avec qui seriez-vous prêt à fusionner au second tour ?
Avec tous les partis qui ne s’engagent pas dans la voie de la politique xénophobe de préférence nationale. Il y aura une alliance républicaine sans état d’âme, mais pas avec le Nouveau Parti anticapitaliste. Mais je le répète, nous allons créer la surprise de ces élections.

Propos recueillis par Philippe Cornaton

rravignet.jpgRetrouvez également toute l’information sur les élections régionales sur le blog des régionales en Rhône-Alpes.

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