• Lundi 15 février 2010 à 0h10

Régionales - « On ne cherche pas un créneau entre le NPA et le PS »

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Ancienne socialiste, l’Iséroise Elisa Martin est tête de liste rhônalpine du Front de gauche. Déjà conseillère régionale, elle met en avant le bilan de l’équipe sortante tout en n’hésitant pas à la critiquer notamment dans le domaine du soutien aux entreprises. Son credo : le rassemblement du peuple de gauche, du NPA aux socialistes. Sa hantise : l’alliance avec le MoDem au second tour.
A l’heure du débat sur l’identité nationale, peut-on parler d’une identité régionale ?
Non, Rhône-Alpes est une grande et belle région mais les conditions de vie ne sont pas les mêmes si l’on habite dans le centre-ville de Lyon, sur le plateau ardéchois ou la vallée de l’Arvre. Les gens ne disent pas « je suis Rhônalpin », ils disent « je suis Grenoblois, je suis Ardéchois ». Cela n’a pas d’importance, ce qui compte, c’est qu’il y ait une collectivité territoriale qui agisse à l’échelle d’un territoire, qui est déterminé par des logiques administratives plutôt que par des logiques historiques. Donc la question de l’identité a peu de sens.
A ce titre pensez-vous que la réforme des collectivités territoriales va donner plus de poids aux régions ?
Tout d’abord, l’objectif de simplification et de clarification pour les citoyens en attribuant à chacun des niveaux telle ou telle compétence n’est pas en accord avec la réalité de la loi puisqu’on ajoute des structures avec les métropoles et la clarification des compétences est repoussée une année après l’adoption de la loi. Il y a un écran de fumée entre ce qui est annoncé et la réalité. L’objectif de cette réforme n’est pas de donner plus de poids aux régions mais de retirer des moyens à la puissance publique locale. La suppression de la taxe professionnelle en est un exemple, pour qu’elle s’affaiblisse et laisse la place au secteur marchand dans les domaines comme l’accueil de la petite enfance, la prise en charge de nos anciens… Ce sont des marchés et moins la puissance publique locale a les moyens de les assumer, plus cela permet à des privés de s’emparer de ces marchés. Par ailleurs, le mode de scrutin des conseillers territoriaux, ces êtres hybrides entre le Département et la Région, est uninominal à un tour. Sur un plan démocratique, c’est une catastrophe mais cela arrange les affaires de l’UMP car ils n’ont pas de réserves au second tour. A ce titre, le Front de gauche utilise ce scrutin régional comme une sorte de référendum pour inviter les Français à s’opposer à cette réforme.
Le nouveau siège de la région devrait coûter plus de 200 millions d’euros, est-ce bien raisonnable ?
Ce n’est pas le cœur de cette campagne mais c’est la preuve que l’UMP est en panne d’idées en utilisant des arguments démagogiques. Ce qu’il faut savoir c’est que la région Rhône-Alpes est propriétaire du site de Charbonnières qu’elle va vendre. Le foncier va rapporter une somme importante. De plus, les salariés de la Région qui travaillent sur le site de Charbonnières, sont logés dans des préfabriqués. Enfin, ce site était totalement inaccessible aux transports en commun, donc nous sommes favorables au déménagement. D’autant plus qu’il y a toute une série de recettes qui viennent amoindrir énormément le coût du siège. Ce n’est pas l’enjeu de l’élection. L’enjeu, c’est de savoir si en temps de crise, les régions peuvent faire face.
Des efforts ont été faits sur les TER mais des problèmes persistent. Comptez-vous poursuivre ces efforts et dans quelle direction ?
La difficulté, c’est qu’en 2004, on s’est rendu compte que les TER étaient dans une situation discutable donc nous nous engageons dans le développement et la modernisation des TER. Aujourd’hui, il faut réfléchir autrement et il faut en faire non seulement un outil de déplacement mais aussi un outil d’aménagement en considérant que nous ne devons pas favoriser l’étalement urbain et des zones dortoirs en reconcentrant autour des gares du multimodal en milieu urbain, des lignes de rabattement dans les milieux qui le sont moins, mais aussi réfléchir à l’implantation d’activités mixtes autour de ces gares : du logement, de l’activité économique, du service public. C’est ce que nous appelons la localisation de l’économie. La difficulté en France, c’est que les espaces sont trop spécialisés : là je dors, là je consomme, là je travaille. Cela induit une absence de vie collective et sociale, des déplacements nombreux et coûteux sur le plan de l’environnement. A ce titre, l’Ardèche en matière de développement des trains doit être une absolue priorité car on a renforcé ce qui était déjà fort et pas suffisamment agi en termes d’équilibre des territoires. Il faut notamment lancer des études techniques sur l’état des rails.
Comment comptez-vous relancer la formation professionnelle ?
La présidence sortante n’a pas voulu s’opposer à la marchandisation de la formation professionnelle. On est resté dans une logique de concurrence entre les organismes qui dispensent ces formations. Les grands perdants sont les grands organismes publics avec des locaux, des formateurs. On doit reprendre ce dossier et entrer en résistance par rapport à tous les dispositifs fondés sur la concurrence libre et non faussée.
Dans la situation économique actuelle, quelle est la marge de manœuvre du Conseil régional concernant l’emploi ?
Il faut arrêter de s’illusionner dans le soutien aux grands groupes dont la principale préoccupation est de rémunérer les actionnaires et non pas de créer de l’emploi. On doit partir des besoins qu’ont des territoires et aider l’entreprenariat privé à aider à y répondre. Il faut aider à l’implantation d’activités utiles sur un plan social, respectueuses de l’environnement et dans lesquelles on respecte les droits des salariés. L’économie sociale et solidaire, notamment, répond à ces trois critères.
Pour des territoires durement touchés comme le Nord-Ardèche, la vallée de l’Arvre, Oyonnax ou la Drôme avec le textile, des aides spécifiques sont-elles envisagées ?
Il faut approfondir les contrats territoriaux. Cela doit être une priorité par une mobilisation des crédits publics et d’aides à la transformation de l’industrie.
Le Front de gauche trouve-t-il sa place entre le NPA à sa gauche et le PS à sa droite ?
L’électorat n’est pas un troupeau qu’on se partagerait. Nous nous adressons à l’ensemble du peuple de gauche face à un monde livré au capitalisme et au libéralisme où on marche sur la tête. On ne cherche pas un créneau entre le PS et le NPA.
Quelle sera la position du Front de gauche entre les deux tours ?
Nous appellerons l’ensemble de la gauche à la raison. Nous devons tous nous retrouver exclusivement à gauche, c’est à dire sans le Modem, et faire le point sur ce que nous partageons et ce que nous pouvons porter ensemble.

Propos recueillis

par Alexandre Pauze

rravignet.jpgRetrouvez également toute l’information sur les élections régionales sur le blog des régionales en Rhône-Alpes.

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