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Rencontre avec Christiane Badéa, présidente de l’Association tricastine pour le respect de l’enfant qui dénonce une situation préoccupante.
Quel est le but poursuivi par l’association tricastine pour le respect de l’enfant (ATRE) ?
Christiane Badéa : ATRE est une association loi 1901 composée de 16 bénévoles. Elle a été créée en mai 1991 pour lutter contre la maltraitance des enfants et vient en aide aux victimes d’agression psychologique, physique ou sexuelle. Les troubles provoqués sont parfois irréversibles. Il est très difficile d’avoir des données chiffrées relatives au département. Au niveau national, les statistiques montrent qu’une fille sur 6, un garçon sur 8 sont victimes d’agressions sexuelles avant 18 ans. Une fille sur 25, un garçon sur 30 déclarent avoir subi un viol ou un inceste. On peut attester que dans 90 % des cas, les enfants sont maltraités au sein de leur propre famille. Et là, c’est le mur du silence. Un enfant victime d’un inceste est complètement détruit et parfois tout le monde s’ingénie à le faire taire parce que cela porterait atteinte à l’honneur de la famille. On se bat comme des lions pour que les enfants restent des enfants.
Concrètement comment venez-vous en aide aux enfants victimes de maltraitance ?
Un écoutant est au bout du fil 24 h/24 au 04 75 96 67 03. On a reçu un agrément du rectorat de Grenoble pour intervenir dans les écoles de l’académie, de la maternelle au lycée et collège. On organise également des conférences à destination du grand public. Elles sont animées par des professionnels, juges pour enfants, avocats, thérapeutes… L’association peut aussi se porter partie civile pour appuyer la défense des victimes. Il y a même une commission des avocats d’enfants du Barreau de Valence qui a vu le jour. On se forme sans cesse. Malgré le coût relativement élevé, on suit des enseignements dispensés par la Fondation pour l’Enfance, le centre de thérapie familiale des Buttes-Chaumont, l’Association interprofessionnelle spécialisée dans la prévention des agressions sexuelles (AISPAS)…
Les interventions libèrent-elles la parole ?
Parfois. Je me souviens d’une petite fille en grande souffrance. Pendant les vacances, elle se rendait à Paris et était victime d’inceste de la part de son grand-père et de son cousin germain. Le procureur de Valence est intervenu… Autre cas, une élève de terminale a réussi à en parler à un professeur. Quand ce sujet délicat avait été abordé en classe, elle était en CM2. Elle avait choisi son interlocuteur, le moment où elle pouvait se dire en toute confiance
Comment fonctionnez-vous financièrement ?
Financièrement, on assure mais ce n’est pas toujours confortable. Le siège social de l’association se situe à St-Paul-Trois-Châteaux et on bénéficie d’une subvention importante de la part de la mairie qui nous a toujours apporté un soutien indéfectible. On perçoit également une aide de communes alentour comme Tulette, St-Restitut et Clansayes.
Quels sont vos projets ?
On a un projet auquel on s’attelle depuis 4 ans. Un couple ardéchois sans enfants a légué ses biens à l’association. Leur souhait était que cet héritage soit utilisé pour soulager les enfants en détresse. On a donc pris l’engagement de bâtir une structure d’accueil pour les 0 à 3 ans, des bébés retirés à leur famille pour cause de maltraitance ou abandonnés. Les mauvais traitements peuvent commencer dès la naissance. Pour mener à bien ce projet, on a besoin des pouvoirs publics. Anne Tursz, directrice de recherche à l’INSERM m’a dit « même si vous avez l’impression de faire peu, je vous en prie continuez parce que la situation de beaucoup d’enfants est effroyable. »
ATRE, espace social, 38 avenue Charles de Gaulle
26130 Saint-Paul-Trois-Châteaux
04 75 96 67 03 (écoutant 24 h/24)
atre@infonie.fr
http://perso.infonie.fr/atre