SOCIÉTÉ

•  FABRE Nathalie • Lundi 4 juillet 2011 à 10h20

Un silence assourdissant

La cour du lycée transformée en lieu de recueillement.

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    La cour du lycée transformée en lieu de recueillement.

Vendredi 24 juin, les rues de Tournon sont animées par une drôle d’agitation. Des gens, partout, qui avancent d’un même pas vers le rond-point de l’Octroi, l’entrée nord de la ville. Ils sont pour la plupart habillés de blanc. Certains ont des fleurs dans la main. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des élus, des anonymes… Partout, une même envie, dire à Marie-Jeanne Meyer, cette jeune fille de 17 ans sauvagement assassinée quelques jours plus tôt, qu’ils ne l’oublieront pas. Qu’elle marquera à jamais leur mémoire. Et qu’avec sa famille, ils pleurent l’absence d’un être de lumière. Il n’y a pas d’explications même si l’enquête policière parvient à des conclusions, la mort de cette élève qui allait passer son bac n’a pas de sens. Alors la foule s’élance d’un même pas en direction de son établissement, le lycée Gabriel Faure, au centre-ville. Dans un silence assourdissant, le cortège mené par ses amis, ses camarades de classe, le maire de Tournon, Frédéric Sausset et le proviseur du lycée, avance. Les magasins ont tiré leurs rideaux. Rien ne bouge sinon cette marée humaine, un flot discontinu de corps serrés, comme pour ne faire qu’un. Seuls, les photographes, les cameramen courent, s’agitent autour. L’information continue. Il y a comme un décalage entre le temps de l’action, ces journalistes qui font leur métier, et ce temps d’union voire de communion. Des centaines de mètres sont parcourues. Bientôt la collégiale en ligne de mire. Et cette entrée dans la ville. Cette Grand’Rue si fréquentée par les Tournonais, ces pavés qu’a dû fouler la petite Marie-Jeanne bien des fois en sortant de son lycée, aujourd’hui résonnent des milliers de pas de ceux qui sont venus lui rendre une dernière fois hommage. Et puis il y a l’entrée dans la cour du lycée. Là, une photo immense de Marie-Jeanne sur le mur. C’est saisissant. La foule se presse, s’empêchant presque ainsi de vaciller sous le poids de l’émotion. Ses camarades de classe sont au premier rang. Un hommage lui est rendu par sa meilleure amie, Lindsay. Son petit ami Benjamin essaie aussi. La professeur d’anglais, professeur principale de la classe de Marie-Jeanne à son tour témoigne. Les larmes roulent mais le silence est toujours de mise. Puis vient le moment de se dire au revoir. Les fleurs arrivent les unes après les autres. Et bientôt ce n’est plus qu’une montagne de papiers transparents, laissant apercevoir des roses blanches qui cachent le visage de Marie-Jeanne. La foule se disperse. Les âmes reprennent petit à petit possession de leurs corps après n’avoir fait qu’une pendant cette heure de marche. Les hommes, les femmes, s’approchent des pupitres laissés là pour recueillir des mots d’amour, de soutien, d’amitié en mémoire de Marie-Jeanne Meyer. Peu importe qu’on la connaisse ou pas. Elle est devenue une sainte pour tout un peuple qui veut s’en souvenir. Et s’en souviendra encore longtemps.

Nathalie Fabre

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