ÉGLISES

•  LEHEMBRE Cyril • Vendredi 14 décembre 2012 à 7h55

« De Benoît XVI rayonne une grande douceur et une grande humilité »

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Parti neuf jours à Rome (du 24 novembre au 1er décembre) avec 33 autres évêques du Grand Sud-Est français, dont Mgr Blondel (Ardèche), Mgr Lagleize est revenu en Drôme samedi soir. Nous avons interviewé l’évêque de Valence sur ce qui est, en fin de compte, bien plus qu’une simple visite au Pape.

Qu’appelle-t-on visite « ad limina » ?

Mgr Lagleize : La locution latine exacte est « ad limina apostolorum » qui signifie littéralement « au seuil des apôtres ». Il s’agit du pèlerinage effectué par les évêques sur les tombeaux des apôtres Pierre et Paul. Elle permet également de renforcer les liens avec le Saint-Siège, ainsi qu’entre les diocèses voisins et entre provinces proches. On en profite bien sûr pour vivre des temps spirituels et rencontrer le pape. Généralement, ces visites ont lieu en moyenne tous les cinq ans.

C’est seulement votre deuxième depuis votre ordination épiscopale…

Oui. J’ai été ordonné évêque en 2002 et ma seule autre visite « ad limina » remonte à 2004, dans les derniers moments de Jean-Paul II. Il a fallu un temps d’adaptation après sa succession. Benoît XVI est pape depuis 2005, il a 85 ans et fait preuve d’une grande disponibilité à son âge, c’est ce qui m’a marqué dans notre rencontre.

Est-ce que Benoît XVI est différent de Jean-Paul II dans sa relation avec les évêques ?

Chaque pape vit son ministère à sa manière. Dans les deux cas, j’ai ressenti une profonde fraternité. Jean-Paul II était un battant qui aimait les foules, Benoît XVI est un homme plus réservé, un grand intellectuel et un grand spirituel. De lui rayonne une grande douceur et une grande humilité. En 2004, lorsque j’ai rencontré Jean-Paul II, il était très diminué, mais c’était un homme duquel émanait pourtant force et courage. La semaine dernière, lorsque nous étions en petit groupe de 13 évêques, Benoît XVI a pris le temps durant 45 minutes de dialoguer avec nous, dans un français excellent. J’oserai dire que c’était comme si nous étions dans un échange de « frères à frère », comme si Saint-Pierre parlait et écoutait ses apôtres, avec cette même question : « Depuis que le Christ nous a envoyés, que s’est-il passé ?  »

Quels thèmes avez-vous abordés ?

J’ai parlé du souci d’évangéliser les adolescents aujourd’hui qui est souvent le public le plus difficile à toucher. À cette interrogation et à d’autres, il a répondu en nous invitant à la conversion et au rayonnement, et à être au plus près de la parole de Dieu et de l’exemple du Christ pour mieux s’adresser aux personnes aujourd’hui. Il a même conseillé de « vivre la joie de la foi » et reprenait ainsi la thématique de ma dernière lettre pastorale.

Outre la rencontre avec le Pape, quel a été le programme ?

Un programme chargé. On se levait tôt le matin, pour les prières de Laudes. Nous avons participé aux célébrations dans les quatre basiliques majeures du lundi au jeudi. Le vendredi, l’ensemble des 35 évêques a à nouveau été reçu par Benoît XVI. Mais tout au long des dix jours, chacun d’entre nous est allé à la rencontre des responsables de dicastères* et de congrégations. Certains jours, on part à la rencontre de six dicastères. C’est assez intense.

Que faites-vous au sein d’un dicastère ?

On échange sur ce qui se pratique au sein du diocèse, par rapport à telle question précise. Par exemple, comment maintenir l’envoi de prêtres drômois en mission en Amérique latine, en Asie, alors qu’on en manque en France ? Le représentant du dicastère nous fournit parfois des conseils ou des réponses, mais surtout nous remet dans des perspectives plus universelles. Nous mêmes apportons nos propres expériences. Ce n’est pas un échange à sens unique. Sur plusieurs thèmes, on repart en France avec des idées. Il va falloir, en assemblée plénière des évêques en mars prochain, que nous nous ressaisissions de ce que nous avons échangés avec le pape et les représentants des dicastères.

Sur un plan plus personnel, qu’avez-vous retiré de cette visite ?

C’est un temps fort de stimulation. Je me suis senti très épaulé : toutes les personnes que j’ai rencontrées se sont montrées très attentives, prêtes à répondre aux questions et à trouver une solution pour chacun. Cela donne une énergie. Sur le plan spirituel, les célébrations aux quatre basiliques majeures ont été des moments forts de prière, mais le rythme chargé du programme ne permet pas vraiment de temps personnel de ressourcement, comme dans une retraite ou une récollection. Les moments de partage avec Benoît XVI ou entre évêques voisins ont toutefois été très fructifiants.


Cyril Lehembre


*Le dicastère représente les différentes institutions d’Église spécialisées dans tel ou tel domaine de compétence et qui ont reçu délégation du pouvoir papal ou qui travaille sur des questions importantes de la vie de l’Église ou des sociétés civiles. Parmi ceux-ci, on retrouve les organismes de la curie romaine, tels que la secrétairerie d’État, les congrégations, les tribunaux, les différents services administratifs du Saint-Siège.

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