POLITIQUE

•  PRAT Estelle • Mardi 5 février 2013 à 14h00

Hervé Mariton en première ligne

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Interview – Le député UMP de la 3e circonscription de la Drôme fait le point sur ses combats nationaux.

- Le projet de loi sur « le mariage pour tous » est présenté à l’Assemblée nationale ce mardi 29 janvier et les débats devraient durer une douzaine de jours. Vous êtes l’orateur du groupe UMP sur ce texte, qu’allez-vous dire ?

Hervé Mariton : Mon discours portera sur la défense du droit des enfants à avoir un père et une mère, la défense de la famille, la démonstration que ce texte impacte tout le monde, la démonstration que c’est un enchaînement assumé vers la procréation médicalement assistée (PMA) et le risque évident de glissement vers la gestation pour autrui. Ce que nous disons, c’est qu’il y a une possibilité de réponse pragmatique avec la création d’un contrat d’union civile et l’amélioration du droit des tiers. Cette loi va impacter tout le monde notamment pour les noms de famille. A leur naissance, les enfants porteront les noms de leurs deux parents, à part si on demande qu’il ne porte que le nom du père ou de la mère.

Je me battrai pour que la loi ne soit pas votée en essayant de convaincre mes collègues parlementaires en leur disant de se libérer et de secouer la discipline de fer qui pèse sur eux. Il y a des élus socialistes contre le texte et ils ne l’ont pas dit à l’Assemblée, j’aimerais qu’ils votent conformément à leur conscience. Et puis, il y a ceux qui disent il n’y a pas la PMA, alors je voterai le texte. Je leur dis soyons sérieux, la PMA vient dans un mois (dans le projet de loi sur la famille). Et comme vous le rappelle Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». Dès lors que vous ouvrez le mariage et l’adoption, comme il n’y aura pas d’adoption concrètement, vous ouvrez alors évidemment la procréation médicalement assistée. Puis, il y a ceux qui disent « c’est la science, c’est l’évolution du monde « . Je leur réponds qu’on n’est pas député pour être simplement notaire des évènements. On a à réfléchir, proposer et défendre des valeurs. Et puis, où s’arrête-on ? Il y a une démarche éthique qui doit amener à dire stop. La famille, dans un monde chahuté, dans un monde difficile, est un lieu premier de la solidarité, la famille comme cellule de base de la société. Les fragilités familiales, et en particulier la monoparentalité est une cause principale de la précarité. Et qu’il y a alors un grand danger à s’éloigner volontairement des schémas ordinaires de parenté.

- Vous avez rédigé en 2011 un rapport important sur la famille dans lequel vous avez inventé le terme de « famille durable » repris depuis dans le projet de l’UMP.

La ville de Crest a intégré « la famille durable » à son Agenda 21 en proposant des préparations au mariage civil car le développement durable c’est aussi la durée des familles. Dans le rapport, remis en 2011 au sein de l’UMP, je faisais 30 propositions sur le quotient familial, la préparation civile au mariage, l’amélioration de la préparation et de l’accompagnement de la parenté… (création de maisons d’assistantes maternelles, fractionnement du congé parental pendant les 15 premières années de l’enfant, etc). Ces propositions ont beaucoup inspiré la convention de l’UMP sur la famille qui s’est tenue ce jeudi 24 janvier.

- Vous avez été nommé le 15 janvier délégué général au projet au sein du bureau national de l’UMP, quelle est votre fonction ?

C’est la personne qui, à l’UMP, a la responsabilité de la préparation du projet politique. Je ne suis pas tout seul dans mon coin, j’ai des adjoints qui sont Valérie Debord (pro-Copé) et Bruno Retailleau (pro-Fillon). Cela comprend l’organisation de conventions, celle sur la famille durable, qui avait lieu le 24 janvier. Il y aura aussi une convention sur la fiscalité d’ici l’été (risque d’hyper fiscalité, fiscalité écologique et numérique…), et une autre convention sur la flexibilité au travail. Il faut essayer de proposer une cohérence politique.

- Vous aviez refusé de prendre parti entre Jean-François Copé et François Fillon, était-ce stratégique ou est-ce que vous n’arriviez pas à vous décider entre les deux ?

Je trouvais que l’un et l’autre étaient très bien. J’ai voté, mais on ne sait pas pour qui. C’est sûr que ça a facilité un accord sur mon nom, mais ce n’était pas fait exprès.

- L’UMP reste quand même divisée ?

On ne peut pas dire qu’on s’embrasse tout le temps, mais la convention sur la famille ce jeudi 24 janvier s’est très bien passée.

- Sur le plan local, on voit, sur Valence et Romans, qu’il y a plusieurs candidats UMP déclarés pour les élections municipales de 2014.

C’est un souci. A Romans, comme à Valence, la situation est assez tendue. Il faudra que l’on parle entre nous et que l’on trouve une manière de résoudre. Pour cela, il est possible d’organiser des primaires. Pour les villes de plus de 30000 habitants, Montélimar, Romans et Valence en Drôme, l’investiture est donnée au niveau national. Mais la légitimité d’un maire émerge d’abord du local, et il faudrait, pour les situations où c’est possible, pouvoir trouver une solution avant l’été.

- C’est étonnant qu’un député avec de telles responsabilités nationales soit le maire d’une si petite ville, vous ne visez pas une grande ville ?

Non, je n’ai pas le fantasme de la dimension, de la taille de la ville. Par ailleurs, c’est très agréable d’être maire d’une ville où les gens vous connaissent et où vous les connaissez. Il y a une dimension charnelle dans la politique.

- Voterez-vous la loi sur le non cumul des mandats ?

Non, je ne la voterai pas. Bien sûr, il faut que le cumul soit raisonnable. Il y a aujourd’hui des personnes qui cumulent trois mandats avec des responsabilités intercommunales qui ne comptent pas et devraient compter, de même que les présidences de syndicats. Mais un mandat national et un mandat local permettent d’avoir une bonne compréhension du terrain.

- Ce texte risque alors de ne pas passer car de nombreux élus socialistes sont opposés à cette loi qui réduirait leurs mandats.

Oui, et c’est dommage que les élus soient plus libres sur les affaires de boutique que sur les questions de société !

- Que pensez-vous de l’action du gouvernement ?

Il y a des points négatifs et des points positifs. Dans les points négatifs : la pente glissante sur laquelle le gouvernement est engagé sur les questions de société : c’est le mariage, c’est l’euthanasie. Dans la dimension négative, il y a le matraquage fiscal. En négatif, il y a les contradictions innombrables de la politique économique illisible qui en 15 jours augmente et baisse à la fois les impôts des entreprises. Différemment, l’accord sur la sécurité et la flexibilité au travail est un accord insuffisant mais qui va dans la bonne direction. Et l’ambition de réforme de l’aménagement des rythmes scolaires est une bonne ambition. Je le dis d’autant plus facilement que Crest est en avant-garde sur ce sujet, puisque nous avons mis en place des activités périscolaires.

- Et l’intervention française au Mali ?

Elle est, je pense justifiée. Elle aurait pu se faire un peu plus tôt. Mais je fais confiance au gouvernement de mon pays.


Entretien réalisé par Estelle Prat



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Ce samedi 2 février, le collectif « La Manif pour tous Drôme-Ardèche » appelle au rassemblement des Drômois et Ardéchois opposés au mariage pour tous à 15 h devant la fontaine monumentale de Valence.

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