CULTURE

•  LEHEMBRE Cyril • Mercredi 8 mai 2013 à 9h00

De la Drôme des collines au festival off d’Avignon

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Dans la vie de tous les jours, il est Denis Deroux. Le maire de Bathernay, petit bourg de 250 âmes, perché sur une petite colline au nord de Saint-Donat. Personnel hospitalier à Saint-Vallier, il est aussi le père de quatre garçons. Et bientôt trufficulteur… De multiples facettes pour un emploi du temps chargé ! D’aucuns se demandent comment il peut assumer autant de responsabilités. « Il suffit d’un peu d’organisation », sourit cet homme de bientôt 50 ans, très apprécié au village et dans les communes alentours. Il a même trouvé le temps d’écrire un ouvrage, il y a quelques années, sur l’un des grands personnages du passé de son village « Imbert de Batarnay », grand-père maternel de Diane de Poitiers. Car une part de lui-même aime se pencher sur l’histoire, la petite et la grande…

Le soir, sur les planches, il est Paul, un Bathernois de la fin du 19e et début du 20e siècles. C’est le personnage de théâtre auquel il s’est un peu identifié, comme il le reconnaît lui-même. « Quand j’incarne cet homme, je suis à la fois lui et à côté de lui : je suis l’instrument de quelque chose que j’ai reçu, que je ne contrôle pas », suggère l’ambulancier drômois. Il parle ainsi de Paul Deroux, son arrière-grand père que « l’acteur premier magistrat » de la commune joue dans une pièce de théâtre écrite de sa propre main.

« Les Souvenirs se font la malle », tel est le titre de ce one-man-show qui triomphe depuis trois ans dans les campagnes du Nord Drôme et même au-delà. La première avait été jouée à Saint-Martin-d’Août, en janvier 2010. La centième sera pour l’automne prochain, le 14 septembre à Charpey, quelques jours avant son cinquantième anniversaire, le 9 octobre. Dans l’intervalle, Denis Deroux se produira au festival off d’Avignon cet été et jouera à nouveau Paul, dès ce samedi 4 mai* à 20 h 30 au théâtre du Tremplin de la préfecture du Vaucluse. Qui eût cru que cette pièce, rédigée par lui en trois jours au cours du mois d’août 2009, allait ainsi connaître un succès d’une telle ampleur ? Pas même l’intéressé.


Écrit en trois jours


« En 2009, un ami m’avait vu jouer avec la compagnie des Mathurins », se souvient le comédien. « Il paraît que j’incarnais bien l’histoire ancienne de nos villages avec le patois. Il m’a demandé de venir à Bren pour faire une improvisation théâtrale pour le repas des aînés offert par la commune. Mais en quinze jours, je ne le pouvais pas ! Je me suis engagé pour l’année suivante. Six mois plus tard, un soir d’août, je me suis finalement décidé à rédiger quelques lignes, en pensant à mon arrière-grand-père sur lequel j’avais gardé des documents. C’est venu tout de suite. En une moitié de semaine, j’avais écrit l’intégralité du scénario ».


« Un pain d’homme pétri »


Par « les souvenirs se font la malle », on replonge dans le vécu d’un vieillard du Nord Drôme qui se raconte comme un enfant espiègle, un jeune homme amoureux, un soldat de la Grande Guerre, drôle et tendre à la fois, avec ces délicieux accents ruraux qui ne sont pas sans rappeler un duo célèbre, les Bodins. Tout le monde s’y retrouve, car le fameux Paul évoque le travail des paysans et la moisson, les répétitions de tables de multiplications ou les amoureux qui comptent fleurette dans les champs, parfois gênés par l’innocent du village… le tout agrémenté d’anecdotes et de touches vraiment personnelles. Cela fait mouche. « Ce Paul, c’est un pain d’homme pétri », m’a dit un jour quelqu’un. « Cela fait chaud au cœur de voir que cela touche autant de gens. Une spectatrice d’un village du coin l’a vu une bonne trentaine de fois. Et il y amène ses amis, ses enfants. Et à chaque fois, elle rit, elle pleure ». En plus de 70 représentations, la pièce a drainé un public varié. « J’ai joué devant des jeunes, des moins jeunes, des Drômois, des Tourangeaux, des riches, des pauvres, des femmes voilées et à chaque fois cela a été du délire. Et plus cela avance, plus cela plaît ».


Repartira-t-il aux municipales 2014 ?


Pas de lassitude, ni chez le public, ni chez l’acteur. Happé par cette passion théâtrale, Denis Deroux, sans rêver de faire carrière, y passe désormais une grande partie de son temps. La question que tout le monde se pose : repartira-t-il tête de liste à Bathernay pour les municipales 2014 ? Une interrogation à laquelle il ne pense répondre officiellement qu’à la fin de l’été 2013. Lui, l’homme attaché à ses racines et au passé, a tout le temps de préparer l’avenir.


Cyril Lehembre



* Denis Deroux a toutefois dû réécrire légèrement la pièce pour réduire le spectacle initial de deux heures à une heure et demie standard comme l’exigeait le directeur du théâtre.



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Le 7 octobre 2009, Denis Deroux a rendez-vous avec Doumé, une partenaire qui réalise des aquarelles pour le spectacle. « La pièce était écrite, mais il restait à y intégrer des chants du 19e siècle », relate Denis Deroux. « Dans mes recherches sur mon arrière-grand-père, je tombe sur une lettre que sa femme lui avait écrite et je m’aperçois qu’elle y évoque une blessure que Paul avait reçu pendant la guerre. Je dis à Doumé que j’étais pas au courant, que mes parents m’en avait jamais parlé. Je vais chez ma mère pour lui demander si elle le savait et je la trouve décédée… Il y a des choses incroyables qui se sont produites autour de cette pièce, comme des signes ! »

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