CULTURE

•  LEHEMBRE Cyril • Vendredi 8 août 2014 à 9h45

Cloches carillonnez gaiement !

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Quelques notes de musique s’élèvent du clocher de Notre-Dame de Lourdes. Les Romanais attablés au café du coin tendent l’oreille. Les touristes s’arrêtent. Ils ouissent, curieux, les refrains bien connus qui résonnent au centre-ville : l’ave Maria par exemple.

Rares sont les carillons en Rhône-Alpes. C’est une tradition qui perdure plutôt dans le Nord de la France, remise au goût du jour avec le film« Bienvenue chez les Ch’tis ». Mais à Romans, les habitants ont de la chance d’avoir, de ce point de vue, un patrimoine exceptionnel : le Jacquemart qui sonne toutes les heures dans le centre ancien et l’église Notre-Dame de Lourdes qui possède son propre carillonneur amateur, le paroissien Pierre-Marie Faure. « Celui-ci est mécanique, alors que le carillon de Jacquemart est électrique », nuance ce Péageaois très investi dans la vie de l’église et passionné de musique.

 

Deux concerts de carillon les 11 et 15 août


Deux concerts sont d’ailleurs programmés ces jours-ci à Romans. L’un sera donné gratuitement au public romanais et aux touristes ce lundi 11 août, à 20 h 45, à la tour de Jacquemart, dans le cadre du festival de carillon Rhône-Alpes, et proposé par un spécialiste d’une association* d’Annecy (où se trouve un magnifique carillon). L’autre sera offert bénévolement par Pierre-Marie Faure, vendredi 15 août après la messe de l’Assomption, à Notre-Dame de Lourdes, en hommage à la Vierge Marie dont l’église du centre-ville romanais porte le nom.

« C’est normal de lui rendre les honneurs », explique cet enseignant de 56 ans, qui utilise régulièrement le clavier à commande des cloches de l’église depuis plus de 25 ans. « C’est elle qui a donné le patronyme à l’édifice et qui le protège ». Pianiste et organiste, le sympathique quinquagénaire explique qu’il s’est mis au carillon par curiosité et pour compléter sa formation musicale. « J’ai appris, par hasard, dans les années quatre-vingt-dix, par Jean-François Jacquin, qu’il y avait de quoi sonner les cloches içi !  », raconte-t-il. « J’ai eu envie de découvrir. On m’a confié les clés de la tour, je suis monté et je me suis mis à jouer, comme cela. Je composais déjà de la musique. N’importe quel instrumentiste peut se mettre facilement au carillon ».


Pas de formation carillonneur


Toute la famille Faure est musicienne : la maman chante et les quatre enfants jouent du saxophone, de la clarinette, de la flûte traversière et de la contrebasse. Tous sont passés par le conservatoire. Mais pour carillonner, il n’existe pas de formation. « Il faut faire preuve de créativité, connaître un peu les notes, mais il n’y a pas besoin de solfège », explique Pierre-Marie Faure. « Chaque fil est relié à une cloche. Il faut bien connaître la particularité de chacune d’elle, cela s’apprend peu à peu ».


Seul face au carillon


Au fil des années, ce carillon, créé au début des années quarante, dans la foulée de la construction de l’église (édifiée en 1938), a évolué dans ses sonorités. Et il y a presque toujours eu un carillonneur pour faire résonner mélodiquement le clocher, malgré, parfois, la frustration d’une telle activité. « Il y a un côté injuste pour le carillonneur », regrette le principal intéressé. « Celui-ci ne perçoit pas les réactions du public, et il est tout seul en haut de la tour. Ce qu’il entend n’est pas ce qu’écoutent les auditeurs. Le son est déformé par les vibrations, c’est parfois assourdissant, car les cloches sont conçues pour diffuser une mélodie de façon horizontale dans l’air, alors que le musicien, à Notre-Dame de Lourdes, opère juste en-dessous des cloches, de façon verticale, avec en plus le bruit de la mécanique qui parasite ».


« Les mains en sang »


Le frottement des câbles, conjugé aux vibrations et à la frappe du marteau sur la cloche donne un autre aperçu de la musique telle qu’elle est perçue en bas.

Mais l’important reste de faire perdurer une tradition. « Le carillon, surtout en été, crée une animation particulière qui est appréciée à la fois des habitants et des visiteurs », avance Pierre-Marie Faure. « Dans une ville comme Romans, cela donne une ambiance gaie, presque villageoise. C’est le retour aux valeurs du passé ».

Le plaisir ne dure toutefois rarement plus d’une demie heure lors « d’un concert improvisé », quelquefois davantage quand il est programmé. « C’est douloureux pour les doigts de carillonner », avetit l’instrumentiste. « Au début, lorsque j’ai commencé, je ne savais pas trop bien faire, je frappais fort et j’avais les mains en sang. Désormais, je pince davantage les commandes et le son est aussi bon. Je joue des airs connus, mais je crée aussi des mélodie. Cela a aussi le mérite d’interpeller les gens ».


Le mythe de Quasimodo


Car il y a quelque chose de magique à soudainement entendre les cloches sonner : cela rappelle, dans la mémoire collective, le tocsin sonné dans le temps, au moment des grandes journées révolutionnaires ou, plus récemment, pendant la seconde guerre mondiale. Et puis, il y a le fameux mythe de Quasimodo. Est-ce un bossu qui sonne les cloches ? Assurément non à l’église Notre-Dame de Lourdes à Romans…


Cyril Lehembre

* Association Carillon Rhônalpin

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