CULTURE

•  LEHEMBRE Cyril • Mardi 9 décembre 2014 à 9h32

Ces jeunes étrangers, artisans de paix

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Un Italien qui arrive en retard pour prendre l’avion. Un Russe qui s’installe sur son siège complètement bourré à la vodka. Un Français qui essaie de draguer l’hôtesse de l’air. Autant de saynètes s’inspirant de certains clichés. Cette mini-pièce de théâtre s’est improvisée au cours de la dernière semaine de novembre, au village vacances de la Jacine à Bouvante-le-Haut. Pour désamorcer les représentations que l’on a de l’étranger, elle a été jouée avec beaucoup d’humour, en anglais, par 20 jeunes Français, Allemands, Azerbadjanais, Arméniens, Géorgiens, Russes et Ukrainiens, au cours d’une formation de huit jours dispensée par les enseignants des Cemea Rhône-Alpes (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active). Cette pièce de théâtre, qui rend acteurs de leur formation les différents participants, est un outil comme un autre des pédagogies nouvelles mises en œuvre par les Cemea, notamment en ce qui concerne l’éducation à la paix ou à la non-violence. Un défi lorsque l’on sait que la plupart de ces 20-26 ans, qui ont choisi de tenter l’expérience de cette formation en France, font partie de pays aujourd’hui en guerre ou en conflit larvé : Russie/ Ukraine ou encore Azerbaïdjan/ Arménie pour ne prendre que ces deux exemples.

« Cela a été un moment fort, on a beaucoup ri au cours de cette pièce de théâtre », sourit Isabelle, 26 ans. « Il y a eu cette mise en scène, mais aussi des travaux en petits groupes ou encore des temps plus classiques où on écoutait notre formateur nous donner par exemple, la liste des seize principales formes de violence ».

 

Alternance pédagogique


Durant ces journées sont ainsi évoqués les notions de conflits, de guerre, mais aussi de propagande, d’apprentissage interculturel, d’identité. Le concept de violence est abordé à la fois de manière « intrapersonnelle » et « interpersonnelle ». Le tout avec une alternance entre une pédagogie classique, dite « descendante » (le formateur, en conférence, dispense sa connaissance au public) et des méthodes d’éducation active où « les formés » sont investis eux-mêmes dans leur cheminement, par différentes interactivités.

« Transformer ces jeunes »

Trois formateurs étaient présents pour cette session particulièrement dense, en vase clos, où les participants, outre les temps de formation, ont appris à se connaître lors des pauses-café, des petits-déjeuners, déjeuners et dîners et des deux veillées à thèmes organisées par les représentants des Cemea. « Ce qui est essentiel, ici, c’est de permettre à des jeunes dont les pays sont en conflit de se rencontrer en terrain neutre*, en utilisant une seule langue, neutre elle aussi, l’anglais, qui n’est pas leur langue maternelle », raconte encore Isabelle. « En atelier à trois, j’ai été au centre de deux paroles, l’une donnée par un Azerbaïdjanais, l’autre par un Arménien. Chacun, en s’adressant à moi, a pu me livrer sa propre vision du conflit de leur deux pays. C’est un premier pas et cela peut durablement transformer ces jeunes ».


Poursuivre un projet dans leur pays


Les participants à cette formation, pour la deuxième année consécutive à la Jacine, sont sélectionnés par les Cemea sur la base du volontariat. Et sur projet aussi : les « formés » doivent ensuite faire fructifier ce qu’ils ont appris, découvert ou redécouvert dans leur pays d’origine. « La plupart sont issus de mouvements d’éducation populaire ou de structures associatives équivalentes à nos MJC », explique Edouard Portefaix, formateur Cemea. « Ils vont chez eux, à leur tour, retransmettre leur cheminement à d’autres, mais nous resterons en lien avec eux par Internet ou visio conférence pour les soutenir dans leurs initiatives et éventuellement continuer à les conseiller ».

D’aucuns, diraient qu’ils deviendront ainsi semeurs ou artisans de paix…


Cyril Lehembre


* Les deux pays neutres européens ayant participé à la session, l’Allemagne et la France, aujourd’hui en paix, naguère en conflit, n’ont pas été choisis au hasard. Au demeurant, les deux jeunes participants Allemands vivent en France et les deux Français en Allemagne, ce qui a pu nourrir la réflexion de l’Azerbajanais interdit de séjour en Arménie et vice-versa…




Qu’est-ce que les Cemea ?

Les Cemea (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) sont des mouvements associatifs nés en France en 1937 qui utilisent l’outil de la formation pour « toucher le secteur de l’éducation » en prônant notamment l’usage de pédagogies nouvelles. Les Cemea interviennent dans les milieux scolaires et d’éducation populaire (par exemple dans les préparations au Brevet d’aptitude à la fonction d’animateur) ou encore en milieu culturel. Ils ont une branche internationale et pour les programmes de formation de jeunes de l’étranger, ils sont soutenus par des fonds régionaux ou des fonds européens, tels Erasmus plus. Sur Rhône-Alpes, il existe un bureau des Cemea à Grenoble et à Lyon.

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C’est un cul-de-sac qui mène au terminus, Bouvante-le-Haut, à la limite géographique du Royans et du Vercors, en contre-bas du roc de Toulaud. La route goudronnée n’ira pas plus loin. Quelques centaines de mètres en aval, se situe la Jacine, village de vacances, loin de l’effervescence des grandes villes, en plein cœur d’une zone blanche. Un lieu propice pour des séminaires de réflexion du même type que celui organisé la semaine dernière par les Cemea : les jeunes participants, non distraits par leurs téléphones portables, ont pu se concentrer durant huit jours entiers sur leur formation.

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