SOCIÉTÉ

•  Fournier Julie • Mercredi 25 février 2015 à 9h00

L’APF en deuil

  • Illustration actu Grande illustration actu

    Pas de légende pour cette photo

Le 11 février 2005, une loi portant le nom évocateur et solidaire de « loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », venait donner un vrai souffle d’espoir aux personnes en situation de handicap qui attendaient depuis 30 ans que l’obligation d’accessibilité de la loi de 1975 soit respectée. La France avait alors 10 ans devant elle pour se mettre en accessibilité. Et bien que les bonnes volontés furent nombreuses au départ, rapidement elles se tarirent, notamment devant les coûts annoncés des travaux, certains allant jusqu’à dire que « tout cela coûtait bien trop cher pour si peu de monde…  » Alors forcément, avec cet état d’esprit, les choses ont finalement assez peu avancé, et tout le monde a vite compris que la date butoir du 1er janvier 2015 ne pourrait pas être tenue.

Le rapport de Claire-Lise Campion, remis en mars 2013 au gouvernement, sans reporter la date du 1er janvier, proposait, pour aller plus vite, de procéder par ordonnance et c’est ainsi que paraissaient le 26 septembre 2014 les Ad’Aps, Agendas d’accessibilité programmée, à savoir un dispositif correspondant à un engagement de réaliser des travaux dans un délai déterminé. Au départ, l’APF (association des paralysés de France) a vu cela comme une semi-victoire plutôt que comme une semi-défaite. Mais l’arrêté du 8 décembre 2014, portant sur les conditions d’application de ce dispositif et les dérogations possibles qui peuvent repousser jusqu’à 10 ans la mise en accessibilité, a fait déborder un vase déjà bien plein… Pour l’APF, l’État enterrait ni plus ni moins l’accessibilité.

 

Un cortège funèbre hautement symbolique


En colère, l’APF a voulu montrer son mécontentement, et dans plusieurs départements de France mercredi dernier, jour anniversaire des 10 ans de la loi sur l’accessibilité, l’association a appelé à manifester.

À Valence, ils étaient une centaine, valides et personnes en situation de handicap, à se retrouver place Porte Neuve en début d’après-midi. C’est très symboliquement qu’ils ont défilé sous forme de cortège funèbre, suivant un cercueil surmonté d’un fauteuil roulant et d’une pierre tombale sur laquelle était inscrit : accessibilité 2005 – 2015. Un cortège qui a remonté les boulevards pour rejoindre la préfecture, avec au passage un petit arrêt devant la mairie de Valence.

Allant au bout de la symbolique, l’APF, avant qu’une délégation ne soit reçue en préfecture, a procédé à la lecture d’un éloge funèbre pour le moins révélateur de sa pensée : « Après de sévères alertes, la crise financière, économique et sociale, une vilaine maladie qui t’a laissé anémiée et très affaiblie, voilà que tu as attrapé un méchant virus : le lobbying ! Difficile de trouver un traitement efficace pour lutter contre ce virus aux multiples symptômes, qui de plus n’arrêtait pas de muter. Le 26 septembre 2014 des médecins se sont penché sur ton cas et ont préconisé une ordonnance, puis des soins palliatifs : les Ad’Aps. Mais le 8 décembre 2014, une trop forte dose d’arrêté mit fin à ta courte existence. »

 

Des doléances légitimes


Au travers de cette manifestation symbolique, les personnes en situation de handicap demandent à tous les Parlementaires de refuser de ratifier en l’état l’ordonnance qui sera présentée par le gouvernement. Elles leur demandent d’exiger de celui-ci qu’il élabore un nouveau texte répondant à l’intérêt général de la population. « Avec des délais raccourcis, de vraies sanctions dissuasives pour ceux qui ne respectent pas leurs obligations dont l’argent servira à améliorer l’accessibilité, et surtout une vraie volonté de pilotage politique !  » affirme Marie-Catherine Time, représentante départementale de l’APF 26. « Il faut qu’une personne soit dédiée à la question du handicap pour la traiter dans sa transversalité car elle concerne tous les domaines. » insiste-t-elle, évoquant notamment les difficultés d’accès aux soins pour les personnes handicapées, avec des spécialistes dont les cabinets sont souvent inaccessibles, sans parler d’un matériel non adapté…

Le chemin risque donc d’être encore long pour une France totalement accessible et une vraie égalité pour tous, mais l’APF, et plus largement les personnes en situation de handicap, sont déterminées à poursuivre leur combat, rappelant que l’accessibilité concerne tout le monde et que personne n’est à l’abri de se retrouver un jour en situation de handicap…


Julie Fournier

VN:F [1.8.4_1055]

Notez cet article

Partagez

... échangez, publiez cet article sur les sites où vous avez un compte personnel.

Réagissez

Réagir à cet article