CULTURE

• Jeudi 9 avril 2015 à 10h13

Le périple « Mare Nostrum » se poursuit

Gitanjali et Lucas, avec l'école de Vinsobres.

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    Gitanjali et Lucas, avec l'école de Vinsobres.

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    Lucas et son saxo ont beaucoup de succès auprès des CM vinsobrais.

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    Lucas et Gitanjali font découvrir les vignes de Vinsobres aux jeunes élèves marocains.

Retour sur le projet culturel de deux jeunes, déjà évoqué dans nos colonnes lorsqu’il était encore en préparation. Ce projet, c’est celui de Lucas Bergognoux, originaire de Vinsobres, et de sa compagne Gitanjali Picovschi, native elle de Bretagne.


Âgés de 24 et 21 ans, passionnés de musique et attachés à la circulation des cultures ainsi qu’à la rencontre d’une mosaïque de peuples, ils ont décidé de faire tout un périple autour de la Méditerranée, reposant entre autres sur la musique, ou plutôt les diverses musiques méditerranéennes, mais aussi sur les échanges, la transmission et le partage.


À cette fin, dans leur préparation, Lucas et Gitanjali ont organisé des liens entre diverses écoles, par exemple celle de Vinsobres et le collège de Nyons (et d’autres dans d’autres régions), avec des écoles des pays du pourtour méditerranéen. Ils sont aussi allés découvrir certaines des villes jumelées avec des cités drômoises : Nules y Valencia en Espagne, jumelle de Nyons, ou Taroudant au Maroc, jumelle de Romans. Enfin, après avoir glané durant tout leur voyage photos, vidéos et témoignages sonores, ainsi que des enregistrements musicaux, ils souhaitent monter une expo, accompagnée des bilans du projet, à présenter non seulement aux écoles et divers partenaires, mais aussi au grand public en l’organisant par exemple dans les diverses Médiathèques du département, avec conférences ou autres animations. L’expo, itinérante, pourra circuler en divers lieux.

Gitanjali et Lucas, actuellement en Grèce, ont déjà accompli les deux tiers de leur périple, préparé de longue haleine, dans leur van aménagé. Partis en novembre 2014, ils seront de retour en France début juin prochain, riches d’expériences diverses et de belles rencontres. Après avoir traversé d’abord toute l’Espagne et ses différentes régions jusqu’à Gibraltar, ils se sont embarqués pour le Maroc, où ils ont découvert un univers très différent et une culture très hospitalière, avant de revenir vers l’Europe et l’Italie grâce à une traversée Tanger-Livourne de plus de trois jours de bateau. Là a dû intervenir un changement de programme improvisé, car la classe de Sardaigne qui devait être jumelée à une de Vinsobres s’est désengagée, laissant cette dernière sans partenaire. Si bien que les jeunes globe-trotters ont décidé de partir d’abord vers les Balkans, remettant l’Italie à plus tard pour le retour. Après avoir traversé le nord de l’Italie jusqu’à Trieste, tout à fait à l’est, ils sont passés en Slovénie pour rejoindre ensuite la Croatie, puis l’Albanie et la Grèce, où ils se trouvent encore à ce jour. Ils vont enfin se rendre jusqu’en Turquie, d’où ils regagneront la Grèce pour ensuite s’embarquer pour l’Italie, dernière étape de leur voyage, qu’ils remonteront afin de rentrer en France.



Divers jumelages fructueux


Lucas et Gitanjali ont souhaité associer différents établissements et enseignants à leur projet, afin d’en faire un support pédagogique grâce au lien Facebook que les classes concernées ont avec eux, au fur et à mesure de leur voyage, et à la « newsletter » qu’ils envoient régulièrement. Ainsi au total, treize classes en France sont associées à l’aventure, et autant dans les pays du périple. L’école de Vinsobres est jumelée pour sa classe de CP à une école d’Ankara en Turquie, les CE1-CE2 devaient l’être avec une école sarde, et les CM1-CM2 le sont avec une école de Zagreb en Croatie. Une classe de 6 e du collège Barjavel de Nyons est liée à un collège de Tirana en Albanie, et une autre à l’Institut Polygone d’Agadir au Maroc. Les autres jumelages concernent des établissements bretons ou de Lunel (Hérault), où habitent Gitanjali et Lucas. Pour les plus grands élèves, un échange de correspondance, notamment avec Agadir et Zagreb, a pu se mettre en place. Le blog du voyage permet aux enseignants d’aborder de manière plus ludique des notions de géographie, d’histoire, mais aussi de culture, à travers le mode de vie et aussi la musique, qui est le « fil rouge » du projet et le trait d’union entre les peuples. Lucas, qui joue du saxophone, donne un petit aperçu de son talent dans chacune des classes qu’ils visitent. Et chaque classe jumelée a pour mission d’échanger une chanson avec son tandem. Le projet est ainsi une ouverture sur des cultures différentes non négligeable. Après leur retour, Gitanjali et Lucas retourneront dans toutes les classes, afin de rendre compte de leur expérience et de tirer un bilan des échanges qu’ils auront eus avec les élèves.

Les jeunes Français ont aussi rendu hommage aux jumelages entre les villes. Ainsi se sont-ils rendus en Espagne à Nules, dans la province de Valencia, cité jumelée à Nyons, où prédominent les cultures d’agrumes et maraîchères. L’occasion pour eux d’une première soirée d’échanges musicaux, car certains de leurs hôtes dans cette ville sont eux aussi musiciens. Et puis au Maroc, dans la ville jumelle de Romans, ils ont eu l’occasion de constater des similitudes, car Taroudant est aussi une ville où l’on travaille le cuir, et ils ont visité une tannerie, mais ils ont surtout vécu l’une des plus riches soirées musicales de leur voyage à ce jour.



Des expériences et rencontres inoubliables


Humainement, Gitanjali et Lucas font au cours de ce périple des rencontres extrêmement fortes, dont ils auront à cœur de retransmettre les valeurs. Ils sont notamment marqués par le sens aigu de l’hospitalité, la cohabitation des générations, tant au Maroc qu’en Slovénie ou Croatie où ils sont passés jusqu’à présent. Parmi ces rencontres, Younes à Taroudant a joué un rôle considérable, parce que, outre son accueil, il leur a aussi permis de faire de leur séjour une expérience la plus enrichissante possible, par d’autres rencontres avec des musiciens, des structures associatives diverses (tant culturelles que de défense des droits des femmes ou de protection de l’environnement…). Grâce à lui, ils ont pu découvrir la musique gnaoua, ce qui était un de leurs souhaits, une musique issue d’un courant du soufisme créé par les anciens esclaves noirs présents au Maghreb. Ils en avaient eu un premier aperçu à Agadir, mais avec des musiciens plus portés sur la fusion de cette musique avec celles actuelles. À Taroudant, Younes les a introduits à un côté plus traditionnel de cette musique spirituelle, en organisant une rencontre avec des musiciens dans l’atelier d’un maître gnaoua, fabricant d’instruments par ailleurs, et plus particulièrement de l’instrument roi de cette musique : le luth à trois cordes. « Une rencontre d’une richesse incroyable, chaleureuse, humaine, sincère et passionnée, et qui me permettra d’échanger trois notes au saxophone avec les gnaouas », précise Lucas. Cette musique aurait même la fonction de guérir en ayant recours à la transe…

À côté de cela, Lucas et Gitanjali s’aperçoivent que la vie culturelle, qui les intéresse particulièrement, est souvent quasi inexistante au Maroc où la majorité de la population a pour principal souci de se nourrir. À Taroudant, Younes a fondé une association, « Soprano », qui se bat pour permettre aux jeunes Marocains de s’exprimer par le biais de l’art. Tâche difficile car elle manque de moyens.

En Croatie, grâce à un cours introductif à la musique traditionnelle, les jeunes gens ont aussi découvert une tradition riche et très diversifiée en raison des multiples influences subies au cours de l’histoire. C’est d’ailleurs valable pour la culture croate en général et pas seulement pour la musique. Et en Albanie, ils ont eu la chance d’entendre des ensembles d’iso-polyphonie albanaise, une musique unique au monde ! À leur retour, Gitanjali et Lucas auront énormément de choses à faire partager, à un public le plus large possible, afin de donner à leur tour ce qu’ils auront reçu et de transmettre à travers l’art comme valeur universelle un message d’union pour les peuples.



M-Françoise Tonelotto (CLP)








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