CULTURE

• Jeudi 4 juin 2015 à 9h30

« Laïcité » : avant-première pour Valentine Compagnie

Les trois artistes lors d'une récente répétition.

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    Les trois artistes lors d'une récente répétition.

L’équipe de Valentine Compagnie, installée en Drôme provençale depuis de nombreuses années et dirigée par Philippe Guyomard, présente en avant-première ce jeudi 4 juin, à 20 h 30 à la salle des fêtes de Puy-Saint-Martin, son tout nouveau spectacle sur le thème de la laïcité, avant de le jouer au off du Festival d’Avignon, du 4 au 26 juillet prochains.


C e spectacle est né de l’émotion suscitée par les attentats de janvier dernier, et des réactions des spectateurs lors de deux « présentations » faites par la Compagnie sur la laïcité, à l’aide de deux spectacles préalablement joués (en 2005 et 2013, sur les grandes lois de laïcité de 1 882 et 1 905) et avec le concours de Bernard Delpal, historien local, universitaire et chercheur, comme garant de la véracité des explications données.  “Plus de 150 personnes chaque fois sont venues assister à ces rencontres , explique la scénariste de l’équipe, Anne Massé. Et face au questionnement des gens, à l’incompréhension et à la réflexion collective nées de ces attentats, commis par des détracteurs des valeurs républicaines de liberté d’expression et de laïcité, nous nous sommes dit qu’il était nécessaire de revenir aux sources et aux fondements de la laïcité dans notre pays, et d’en faire un nouveau spectacle. » C’est alors qu’a débuté pour Anne l’écriture de « Laïcité C’est la faute à Voltaire ! », en refondant les spectacles précédents, en les étayant de nombreuses recherches documentaires supplémentaires (archives de l’Assemblée Nationale, documents historiques, manifestes, articles de presse…) tout en y mêlant réactions et témoignages d’aujourd’hui, le tout sous le regard du « conseil scientifique » , Bernard Delpal.


l’objectif du spectacle est de permettre à tous d’apprendre et de comprendre l’histoire des citoyens et de la République, et de cerner au mieux le concept de laïcité et sa confrontation avec les réalités des différentes époques, de la Révolution à nos jours. La France est le seul pays au monde dans lequel la laïcité est une valeur constitutive de la démocratie : il était donc intéressant de voir comment elle s’est construite dans notre histoire. Mais loin d’être un « catalogue » de documents d’archives, tout en étant parfaitement documenté, le spectacle, dans une mise en scène de Philippe Guyomard, laisse toute leur place aux émotions. Au travers de tous les points de vue exprimés, il crée une tension dramatique et une implication forte pour le spectateur (adapté à tous les publics, à partir de 12-13 ans). Sans parti pris, il fait apparaître tous les points de vue exprimés pendant la mise en place des réformes (surtout les grandes lois de laïcité de 1 882 et 1 905), et les aménagements qui n’ont cessé de rythmer le cours de la laïcité.


Écriture contemporaine et scénographie dépouillée


“La pièce mêle une écriture très contemporaine aux documents d’archives, explique Anne Massé. Il s’agit de cerner le concept, complexe, et plus encore le contexte dans lequel il se développe. Les documents ont été choisis avec une exigence de rigueur et d’impartialité, et ils sont de provenances diverses : documents historiques, archives, manifestes, courriers d’autorités… mais aussi des témoignages recueillis en janvier 2015.” Anne a mêlé son écriture propre à ses adaptations des textes historiques, en en tirant la « substantifique moelle » selon Montaigne. Extraits d’articles de loi ou Encyclique du Pape Pie X en 1906, articles de La Croix en 1905 auxquels répondent des « chansons de rues » de l’époque, articles de presse pour le centenaire en 2005 et Lettre des évêques de France sur le sujet, témoignages d’aujourd’hui… Tout cela s’entremêle et se répond, mais le montage reste rythmé de documents d’archives, et « les paroles des personnages font apparaître des prises de position et des actions extraordinaires, étonnantes ou même héroïques qui construisent une véritable épopée sociétale.”

Le spectacle fait place, à travers trois personnages (deux acteurs et un musicien), à tous les points de vue, de l’époque ou contemporains. Les personnages sont confrontés à des choix de société décisifs pour leurs concitoyens : ils en montrent les enjeux, expriment les oppositions, les réticences, les doutes, l’obstination… Ils affrontent ou commentent ces choix avec courage ou dérobade, lucidité ou démagogie, esprit ouvert ou borné… Toutes les passions humaines s’expriment, et le spectateur veut en savoir plus, faire des liens et comprendre. Il s’identifie aux uns ou aux autres selon ses convictions ou les moments, mais c’est lui qui choisit, rien ne lui est imposé.

La mise en scène, volontairement sobre, mais dynamique et légère, repose sur la qualité de jeu des trois interprètes avec le public, qui est très proche et auquel ils se mêlent parfois., Les comédiens, Anne Vandenbergue et Philippe Guyomard, endossent les habits de multiples personnages, pour des échanges rapides sur le mode de l’esquisse, puis redeviennent en un instant spectateurs-commentateurs de l’histoire. Ils font revivre les protagonistes, conservateurs et progressistes, de façon libre, inventive et joyeuse. Le musicien, Pascal Charroin, guitariste impertinent, dessine les caractères des personnages, annonce une déclaration, interrompt… Il accompagne aussi quatre chansons, de rues ou de salons, de diverses époques. Comme metteur en scène, Philippe Guyomard recherche « la force vitale du théâtre, le rythme et l’énergie. D’où une prédominance du travail du corps et du geste. L’espace, les éléments de scénographie, le costume, sont le prolongement du comédien, mais jamais un décor. Avec le spectateur, la rencontre, le partage, les émotions et le sens sont au rendez-vous. » Le spectacle, assez court (50 minutes environ) afin de permettre ensuite d’éventuels débats (mais pas ce jeudi), est un patchwork de différents types de théâtre, qui permet de dénouer et de faciliter la compréhension du sujet. Des représentations sont prévues dans les villages du bassin montilien fin 2015 et en 2016. Les quelques personnes qui ont pu voir les répétitions sont surprises de la « légèreté d’approche du sujet, alors qu’il est difficile, grave. On ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi digeste et agréable. » Et Anne Massé de conclure : « C’est un spectacle joyeux, libre et léger comme la laïcité. »



M-F.Tonelotto (CLP)


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«La mise en scène est subtile dans la simplicité.» «Trois artistes bien complémentaires. Ils nous font entendre tour à tour la voix du peuple et celle des politiques.» «Plein d’humour, très bien interprété. Et on apprécie d’entendre les points de vue des deux camps opposés.» « Du théâtre citoyen nécessaire!».

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