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• Jeudi 30 juillet 2015 à 9h30

Pierre Charignon : prêtre Fidei Donum

Pierre Charignon, encore dans son bureau, mais sur le départ.

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    Pierre Charignon, encore dans son bureau, mais sur le départ.

Voilà quelque temps maintenant que la nouvelle circule : Pierre Charignon, vicaire général et figure emblématique du clergé drômois depuis plus de 30 ans, va partir. L’occasion de revenir sur le parcours d’un homme qui a marqué de son empreinte le diocèse valentinois.



Nous sommes en 2013, M gr Lagleize s’entretient avec son vicaire général. «  Savez-vous que Pierre Chovet va rentrer ? », dit l’évêque de Valence – à cette époque, Pierre Chovet est le dernier prêtre du diocèse valentinois en mission à l’étranger – «  À votre avis, qui le diocèse pourrait-il envoyer après lui ? », interroge malicieusement l’évêque. Tout naturellement, Pierre Charignon rétorque : «  Monseigneur, vous savez que je suis disponible ». Jean-Christophe Lagleize sourit, «  C’est ce que je voulais entendre ! ». C’était il y a 2 ans.


Une famille de Peyrus


Pierre Charignon, bien que né en Beauce, passa toute son enfance à Chabeuil. Sa famille est de Peyrus, « il y a des Charignon partout dans le village » , s’amuse-t-il, et c’est à l’âge de 6 ans que l’envie de consacrer son existence à Dieu le traverse, «  j’ai eu la conviction très jeune que cela pouvait être un choix de vie ». Puis vient l’adolescence, le champ des possibles s’élargit, la vocation se fait moins présente, et vers la fin du collège, une seconde vocation vient se greffer à la première : la médecine. « J’ai la fibre scientifique, et l’idée d’aider les autres me séduisait plutôt. Alors je me suis dit : médecin-prêtre, pourquoi pas ? ». Il entretiendra ce projet jusqu’en fac de médecine, où il n’ira pas au-delà du premier cycle, « le temps de m’assurer que ce n’était pas ma route ». Les routes que l’on choisit d’emprunter ne sont parfois que de simples chemins vers de plus grandes voies (x). « Les études médicales m’ont déçu, elles forment des techniciens… il manquait le principal à mon goût : une bonne dose d’humanité ».


Soif de rencontres


Aussi, pourquoi ne pas inverser les proportions, se dit Pierre Charignon « J’ai caressé un temps le désir d’être prêtre-médecin, mais j’ai abandonné. Il fallait choisir ». Il cite alors l’évangile, lorsque Jésus invite Simon et André à le suivre. Tout simplement. « J’ai donc définitivement abandonné la blouse blanche et suis entré au séminaire à Lyon ».

Il termine le séminaire en 1982, et sa première affectation sera… Valence. « J’ai à l’époque confié à M gr Marchand, qui m’avait ordonné, mon désir de partir en mission, mais il m’a fait comprendre que la Drôme avait aussi besoin de prêtres, et j’ai été chargé de la paroisse du Petit Charran ». Sa soif de rencontres trouve alors de quoi s’étancher dans le paysage pluriculturel qui compose sa paroisse. Et puis, il y a le foot. Car à défaut d’être devenu prêtre-médecin, Pierre Charignon aura été plus de 12 ans durant prêtre-footballeur. « J’ai entraîné les jeunes au sein du club l’Azur de 1988 à 2000. Une magnifique expérience. La vie m’a du reste fait un beau cadeau, lorsqu’il y a quelques années j’ai marié un de mes anciens joueurs qui depuis jouait à haut niveau. Une boucle se bouclait ». Les années passées à Valence-le-Haut, faites de rencontres et d’échanges, marqueront à jamais sa façon d’être prêtre, et sans doute également sa façon d’être vicaire. Mais à cette époque, il n’en sait encore rien.



Trois semaines
de réflexion


Puis Pierre Charignon devient aumônier départemental, directeur de la radio RCF, à la tête de laquelle il restera 20 ans, redécouvre le scoutisme et s’y investit pleinement, et ses journées se remplissent de plus en plus. C’est en 1995 qu’il fait une expérience fondatrice, lorsque M gr Marchand lui confie l’organisation du 9 e centenaire de la cathédrale de Valence. « Pour la première fois je faisais le pont entre le religieux, le culturel et le politique ». L’essai fut si concluant qu’il lui sera ensuite confié la coordination du jubilé de l’an 2000, et sans le savoir, il enfilait doucement un costume administratif, qui allait sous peu devenir le sien.

En 2001, pour la première fois depuis son ordination, il quitte Valence. Point de lointaine mission toutefois, puisqu’il devient curé de paroisse à… Montélimar. « Une très grande paroisse, au sein de laquelle je ne suis resté qu’une année. C’est un regret ». En effet, à peine devenu Montilien, le diocèse drômois change d’évêque.

M gr Lagleize prend ses fonctions en 2002, et après une année de transition, le nouvel évêque sollicite Pierre Charignon pour succéder à Daniel Blanc, le précédent vicaire général. « On ne répond pas oui tout de suite à une telle proposition. Car même si j’en avais très envie, j’avais un peu la crainte d’une tâche trop administrative et de me couper du cœur de métier. J’ai consulté différents avis, dont celui de mon accompagnateur spirituel, et 3 semaines de réflexion plus tard », on connaît la suite.



Un homme de terrain


Il devient donc vicaire général en septembre 2003, et formera avec M gr Lagleize un véritable tandem jusqu’au départ de ce dernier en 2013. Sa crainte d’une tâche trop administrative s’estompe rapidement, car loin de rester derrière un bureau, Pierre Charignon demeure un homme de terrain, et pas seulement de football. « Il est vrai qu’il y a beaucoup d’administratif dans cette fonction, mais j’ai toujours tenu à passer du temps, à rencontrer les prêtres, les paroisses… je connais tous les recoins de la Drôme ». Et puis il ne fallait pas compter sur M gr Lagleize pour rester inactif. À peine en fonction, ce dernier a en effet l’idée de regrouper le diocèse en une seule et même maison. Cela prendra 7 ans pour être réalisé. « La maison diocésaine du Bon Pasteur reste parmi les grands chantiers de mon vicariat, avec la rédaction de l’ordonnance autour des organes de fonctionnement des paroisses, celle sur le statut diocésain des curés… c’est une grande fonction que celle de vicaire général, la seule sans doute où l’on peut être en contact avec toutes les équipes du diocèse ».


Ne rien demander,
ne rien refuser


Puis vient le départ de M gr Lagleize, courant 2013. « Peu avant son départ, nous avions abordé ensemble ma volonté de partir en mission pour succéder à Pierre Chovet, et j’étais même prévu pour le Tchad, confie Pierre Charignon, mais puisque M gr Lagleize partait, il a bien fallu assurer l’intérim en attendant l’arrivée de M gr Michel ». Fataliste, il cite alors saint François de Salle : « Ne rien demander, ne rien refuser ».

Entre les deux évêques, il y aura deux années de transition, qu’il assumera avec brio, mais non sans peine. Elles sont aujourd’hui derrière lui, il a donc pu ressortir sa valise de l’armoire. « Mon successeur, Guillaume Teyssier, prendra ses fonctions en septembre. Quant à moi, si vous me demandez où et quand je pars, la réponse est… ».



Fidei Donum au pays du soleil levant


Aujourd’hui rien n’est fixé. « Jusqu’à il y a peu je devais partir pour Tokyo, avec la mission de réunir la communauté catholique francophone au Japon, et mon départ était prévu pour septembre-octobre. C’est du reste encore d’actualité. Mais il semblerait que certaines difficultés se révèlent. Aussi, rien n’est arrêté. Ce qui est certain, c’est que je partirai pour au moins 3 ans, renouvelable 2 fois ».

La réponse définitive ne viendra sans doute pas avant septembre, une officialisation par le diocèse est prévue lors du pèlerinage diocésain à Notre-Dame de Fresneau. Mais c’est une certitude, Pierre Charignon est sur le départ, « en aucun cas il ne s’agit de la réalisation d’un projet personnel. Je reste attaché au diocèse de Valence, je serai un ambassadeur. Pour filer la métaphore footballistique, je serai un joueur prêté ».



Un au revoir


On le sent, Pierre Charignon a envie de partir. Quant à savoir ce qui lui manquera le plus… difficile… sinon peut-être, les routes drôme-ardéchoises. « J’ai fait l’Ardéchoise une dizaine de fois, et depuis 2002 je participe chaque année au championnat de France cycliste du clergé… ça va me coûter de ne plus pouvoir enfiler le cuissard ».

Pierre Charignon aime les routes, son parcours en témoigne, et il en a emprunté de belles. Une nouvelle s’ouvre bientôt à lui, qui cette fois le conduira loin de Valence. Mais il reviendra, c’est certain, riche du chemin parcouru. Car ceci n’est, bien entendu, qu’un au revoir.




Frédéric Coutisson

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Ce sont les deux mots latins en tête de l’encyclique du Pape Pie XII du 21 avril 1957, intitulée « Fidei Donum », et invitant les évêques à porter « le souci de la mission universelle de l’Église ». Non seulement par la prière et l’entraide, mais aussi en mettant certains de leurs prêtres et fidèles à la disposition de diocèses d’autres continents. Les prêtres envoyés restent attachés à leur diocèse d’origine et y reviennent après plusieurs années passées en mission. On les appelle « Prêtres Fidei Donum ». Pierre Charignon sera de ceux-là.

1 commentaire

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Vos commentaires

  • Ahmed

    Un grand monsieur Pierre Charignon avec de très grandes valeurs humaines. Mon entraineur en pupille a l’Azur sport a la fin des années 80. Heureux d’avoir croisé sa route. Bon vent…