CULTURE

• Samedi 31 octobre 2015 à 9h45

Françoise Bourdon, auteure provençale d’adoption

Françoise Bourdon à Nyons, lors de la parution.

  • Illustration actu Grande illustration actu

    Françoise Bourdon à Nyons, lors de la parution.

Françoise Bourdon, passionnée d’écriture depuis toujours (elle avait déjà écrit un premier roman à 10 ans !), native des Ardennes où elle a passé la première partie de sa vie, tant comme enseignante de droit et d’économie que comme écrivain, est tombée amoureuse de la Drôme provençale. Elle y venait d’abord en vacances, elle y vit maintenant avec sa famille depuis 14 ans, à Nyons.


C’est en premier la lumière de cette région qui m’a conquise, ses couleurs auxquelles je suis très sensible, et attentive à les restituer dans mes livres. Et puis son climat, particulièrement à Nyons réputée pour ses vertus respiratoires, sa douceur de vivre… ». Si bien que depuis une dizaine d’années maintenant, sa Provence d’adoption est devenue sa nouvelle source d’inspiration, avec par exemple La Combe aux oliviers (2010, Presses de la cité), sur Nyons et sa spécialité, Le Fils maudit (2014, Calmann Lévy) sur le Lubéron et ses ocres, ou encore La grange de Rochebrune (2013, Calmann Lévy) autour de la lavande… Et bien d’autres encore !


« L’auteur, passionnée aussi d’histoire et de littérature, aime à faire revivre dans ses romans des sagas familiales sur fond de vie quotidienne d’autrefois, de traditions bien ancrées et de vieux métiers oubliés. D’ailleurs, tous ses derniers ouvrages sont publiés dans la collection « France de toujours et d’aujourd’hui », dirigée par Janine Balland chez Calmann Lévy. «  J’ai toujours été très attachée aux traditions, confie Françoise, celles du Nord, Ardennes ou Pas de Calais, celles de Reims, du Limousin, toutes des régions où j’ai des attaches familiales par mes parents ou grands-parents… Puis on a rattaché aussi les traditions provençales, pour bien s’intégrer à la région. » Et d’ajouter encore : «Pour moi, un auteur est une éponge ! On s’imprègne de l’atmosphère pour pouvoir en restituer une toute petite parcelle… J’ai mis cinq ans avant d’oser écrire sur la Provence, pour bien m’en imprégner.

Installée à Nyons depuis fin 2001, l’auteur n’a en effet publié son premier livre « provençal » qu’en 2006 : «Le vent de l’aube » (Presses de la cité, collection Terres de France), sur la sériciculture dans la Drôme et les métiers de la soie. « J’aime ma région de cœur, précise-t-elle. À chaque pas, il y a des choses pour mettre la machine imagination en route. Et les gens du sud sont encore plus attachés qu’ailleurs aux traditions culturelles, aux expressions… J’aime aussi beaucoup les paysages, je suis attentive aux détails, de manière presque picturale : je prends beaucoup de notes pour faire revivre ces paysages dans mes livres. »



Son dernier ouvrage : autour des Cévennes cette fois


Son dernier roman, publié en août dernier, « Les sentiers de l’exil » (Calmann Lévy), a pour thème les persécutions des protestants après la Révocation de l’Edit de Nantes, fin xvii e siècle sous Louis XIV. Il se situe dans l’une des régions phare du protestantisme, les Cévennes, principalement gardoises, en particulier près d’Anduze et Alès, hauts lieux de la révolte contre la Révocation.

C’est autour de l’an 2000, en visitant le Musée du protestantisme de Poët Laval, que Françoise Bourdon a eu envie d’écrire sur le sujet. « J’ai fait beaucoup de recherches, par pure sensibilité à l’idée de tolérance, parce que je suis très attachée à la notion de liberté, quelle qu’elle soit. Sinon je n’ai pas de lien particulier avec le protestantisme. Il m’a fallu une grande période de maturation, plus de dix ans, où j’y pensais de temps en temps. Et puis j’ai fait énormément de recherches documentaires, pour voir où j’allais entraîner mes personnages… J’ai commencé le travail d’écriture en mai 2014, jusqu’à fin avril 2015. » Le livre est sorti en librairie le 19 août dernier, et depuis l’auteur reçoit de nombreux témoignages émus, en particulier lors des dédicaces.



Un roman «  historique  »


L’histoire se situe près d’Anduze (30), au domaine « Jéricho » où vit la famille Bragant, Elie et Jeanne au début en 1685, lors de la Révocation de l’Edit de Nantes, qui est un séisme pour cette famille protestante. Si les personnages sont imaginaires, les faits relatés et quasiment les lieux (pour Jéricho, Françoise Bourdon s’est inspirée des fermes cévenoles typiques, avec magnanerie pour les vers à soie et clède pour faire sécher les châtaignes…) sont eux bien réels. Certains personnages et lieux évoqués sont d’ailleurs historiques, tels le célèbre camisard « Roland » ou le village de Mialet. Les huguenots sont traqués, persécutés, harcelés par les Dragons du roi (les célèbres « dragonnades) ; il faut abjurer sa foi ou mourir… Ou alors fuir et prendre les armes aux côtés des Camisards qui luttent contre l’arbitraire royal. Françoise a fait énormément de repérages sur tous les lieux du protestantisme : Anduze, Alès, mais aussi Crest, Poët-Laval, Bourdeaux…, jusqu’à Marseille et Genève (Musée de la Réforme). « On a refait les chemins, dit-elle. Beaucoup de réformés se sont réfugiés en Suisse, en Allemagne (la Prusse à l’époque), Brandebourg en particulier où le « Grand Électeur » leur offre des terres, l’exonération fiscale, et le droit d’exercer leur culte dans leur langue natale ! Il était visionnaire à l’époque ! commente Françoise.

La famille Bragant est séparée. Elie échappe à la mort et confie ses enfants à un cousin pour partir à la recherche de sa femme. Quand il revient, tout le monde a disparu à cause des dragonnades. Ses enfants ont été enlevés et baptisés de force, puis enfermés dans des couvents… Elie part à Genève, au Refuge, puis en Prusse, où il refera sa vie.

On suit la famille sur trois générations de femmes, puis jusqu’en 1 825 avec les descendants. Trois femmes qui incarnent différentes formes de résistance à l’oppression : Léah, petite-fille de pasteur, refuse de céder aux sévices et à la contrainte ; Esther s’enfuit du couvent où elle a été enfermée pendant quinze ans ; sa fille Suzanne vouera sa vie à la propagation de la tolérance… Malgré les épreuves et les drames, jamais ne s’éteindra le rêve des descendants d’Elie et Jeanne, et la promesse faite au départ à Elie, de retrouver le domaine familial…



M-Françoise Tonelotto (CLP)


VN:F [1.8.4_1055]

Notez cet article

Partagez

... échangez, publiez cet article sur les sites où vous avez un compte personnel.

Réagissez

Réagir à cet article