SOCIÉTÉ

• Dimanche 8 novembre 2015 à 10h00

Un projet pour faire revivre « La grande Maison » de Guy Marandet à Mirmande

Une magnifique pièce pour expos ou concerts, au beau volume...

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    Une magnifique pièce pour expos ou concerts, au beau volume...

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    "La grande Maison" présente une magnifique façade ouest de 25 m de long, avec terrasse et jardin suspendus et 15 fenêtres...

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    Expo Guy Marandet 2015, dans la grande pièce de 54 m² et 7 m de hauteur.

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    Anne Schoeffel veut faire revivre la maison familiale de Mirmande.

Mirmande est réputée pour avoir abrité de nombreux artistes peintres, en particulier André Lhote bien sûr (1885-1962), qui y avait acheté une maison secondaire et y a passé ensuite une partie de sa vie. Puis c’est son élève et ami Guy Marandet (1917-2011), qui lui aussi a acheté une maison (du moins ses ruines au départ !), mais surtout qui y a vécu une trentaine d’années, avec sa famille.


Mirmande, outre sa beauté naturelle de village perché typique du sud Drôme (le site est classé depuis 1948, et son église romane Sainte Foy inscrite aux Monuments historiques), garde aujourd’hui encore cette réputation artistique et culturelle, due à la richesse de son patrimoine.


Le village est extrêmement connu et visité, ayant obtenu en 1998 le label de « L’un des 100 plus beaux villages de France ». Pas étonnant que le tourisme s’y développe. En été, le village vit au rythme de multiples expositions temporaires, concerts, visites, théâtre et animations de rues… Mais un certain nombre de visiteurs déplorent que ce ne soit qu’à la belle saison justement, et que l’on ne trouve plus beaucoup la mémoire de ces nombreux peintres dont s’enorgueillit le village…


Faire (re) vivre «  La grande Maison  »


C’est là qu’intervient le projet d’Anne Schoeffel-Marandet, héritière de la maison après le décès de son père en 2011, puis de sa mère, l’année suivante. Ayant sa vie professionnelle et familiale dans le nord de la France, près de Lille, elle ne peut vraiment venir qu’en été à Mirmande. Elle déplore que la bâtisse soit désespérément fermée la plus grande partie de l’année. « Mon père n’en a jamais fait une vraie maison d’habitation, mais un lieu dédié aux volumes nécessaires à son travail, et ouvert à tous. D’ailleurs ce lieu a toujours eu une vocation d’ouverture : au 18 e s, c’était un relais de poste, et au 19 e , cela a été une filature, en plein essor de la sériciculture… » C’est aussi ce qu’Anne veut conserver et, quand elle est présente, elle fait revivre l’ambiance que son père affectionnait, en y organisant des expositions, des rencontres et des concerts (sa mère jouait du piano, et l’instrument est toujours présent dans la maison) : « Cet été, j’ai organisé la première expo rétrospective de mon père, ainsi que des concerts. En n’ouvrant au public que le week-end, j’ai reçu chaque fin de semaine 150 personnes environ. Preuve qu’il y a bien une attente, tant des gens de la région que des touristes de passage… » Et de poursuivre : « Cette année, je suis revenue aussi fin septembre pour les journées du patrimoine, puisque le thème en était justement, une histoire d’avenir… J’en ai profité pour commencer à faire connaître mon projet, et j’ai créé pour l’occasion une maquette au 1/27 e de la maison. »


Une destinée naturellement culturelle


» C’est une maison atypique, avec son mélange de grands et de petits volumes sur 450 m² !  Elle a été pensée et conçue ainsi par mon père, qui en a dessiné tous les plans. Les pièces principales étaient pour lui ses ateliers, de peinture et surtout de gravure, où il accueillait ses élèves. » Guy Marandet, sur les conseils de son mentor André Lhote, a acheté les ruines de la maison en 1953. C’était un des principaux lieux de Mirmande où André Lhote avait installé son « Académie d’été », aimant faire travailler ses élèves dans la nature ou en tout cas à ciel (et murs) ouvert(s) ! Un lieu refuge aussi de nombreux artistes pendant l’occupation, en 1939-1945. Durant plus de 30 ans, Guy Marandet s’emploie alors à reconstruire la bâtisse, en respectant ce qu’elle a été par le passé. Il viendra y vivre complètement avec sa famille à partir de 1982. Outre ses ateliers, une pièce qu’il affectionnait aussi est la bibliothèque, qui accueille aujourd’hui plus de 3 000 ouvrages d’art, pouvant permettre la création d’un fonds documentaire sur le patrimoine régional. Guy Marandet était un grand spécialiste, un expert même, de la peinture d’André Lhote, mais il s’est aussi beaucoup intéressé à la culture, l’archéologie et l’histoire de la région, réunissant énormément de documentation.

» La grande Maison » est faite pour accueillir un projet permettant la vie culturelle dans le village, pas seulement avec des expos, mais aussi des résidences d’artistes, des stages, des concerts, lectures, une bibliothèque documentaire, du théâtre… Anne Schoeffel cite l’exemple dans le nord de la France de la maison de Marguerite Yourcenar, qui reçoit aujourd’hui écrivains et concours littéraires. C’est le même type de projet d’avenir qu’elle souhaite pour la bâtisse qui a aussi été l’œuvre de son père : « Je me sens détentrice de cette maison tout autant que propriétaire. Charge à moi de faire passer ce patrimoine à la postérité ! »



Un potentiel et une recherche de mécènes


La maison, avec ses volumes différents (de 12 à 54 m² !) et la disposition des pièces, permet très facilement d’accueillir des salles d’expos, des animations temporaires (en complément de celles qui existent déjà à l’église Sainte Foy), tout en permettant aux artistes invités de loger et de travailler sur place, et en créant des zones privatives de bureaux et de stockage de matériels facilement sécurisables, mais en lien direct avec les zones publiques. Le bâtiment comporte en effet diverses galeries et mezzanines qui font le lien entre les espaces principaux. Et bien que construite sur trois niveaux, la maison permet d’intégrer sans problème les contraintes d’accessibilité et de sécurité liées aux établissements recevant du public, parce qu’elle offre un accès direct sur une rue à chaque étage, particularité propre à la construction des villages perchés ! Les pièces voûtées du rez-de-chaussée, toujours fraîches en été, sont parfaites pour des animations ponctuelles, et les volumes imposants des autres niveaux permettent facilement expos et conférences, avec vue exceptionnelle en prime. Les ateliers sont toujours fonctionnels, et celui de gravure dispose de deux presses, dont une hors format.

Reste à trouver les fonds nécessaires pour faire vivre ce projet et rouvrir « La grande Maison » Anne Schoeffel souhaite que cette bâtisse respire la vie, de préférence culturelle, afin de restituer ce qui a toujours animé son père. Elle ne voudrait pas qu’elle devienne une « simple » maison d’habitation, « où il faudrait d’ailleurs tout casser pour en faire une maison avec le confort moderne que l’on veut aujourd’hui ! Et elle resterait fermée sur elle-même en plus ! ». Et promoteurs s’abstenir… ! Elle espère trouver des mécènes, ou un collectif d’artistes, capables de racheter cette demeure pour la faire vivre dans l’esprit qui a toujours été le sien, d’ouverture sur l’extérieur. Elle rêve de susciter des passions autour de cette maison, étant elle-même une passionnée… « Et pourquoi ne pas imaginer un montage où fonds privés et fonds publics pourraient se côtoyer, les uns sur l’achat et les autres plutôt pour le fonctionnement à assurer ensuite ? », suggère-t-elle. L’appel est lancé, pour que « La grande Maison » reste dans un monde d’artistes !




M-F. Tonelotto (CLP)

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