CULTURE

• Mardi 2 février 2016 à 9h22

Le facteur Cheval, personnage romantique et rude

Nils Tavernier, réalisateur, souhaite rester au plus proche de la vie du Facteur Cheval.

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    Nils Tavernier, réalisateur, souhaite rester au plus proche de la vie du Facteur Cheval.

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    La productrice Alexandra Fechner mise sur une sortie du film au cinéma au printemps 2017.

Le tournage du premier film au cinéma consacré au facteur Cheval est prévu du 25 avril au 29 juin à Hauterives. Nils Tavernier en sera le réalisateur, tandis que les deux acteurs principaux seront incarnés par Jacques Gamblin et Alexandra Lamy. Sortie du film prévue pour le printemps 2017.



Sous ses airs du bourru Dr House*, le réalisateur Nils Tavernier est avant tout un bisounours. Comme il le dit lui-même «  j’ai 12 ans et demi d’âge sentimental ». La vie du facteur Cheval d’Hauterives l’a ainsi séduit par sa dramaturgie et son romantisme, sa tendresse et sa dureté. «  L’histoire est jonchée de morts, il perd sa première femme, sa fille, son fils. Je pensais qu’il fallait faire un film très très lumineux. J’ai spéculé dans le scénario sur une relation très vivante avec sa fille. Je ne veux pas un film qui ne soit que bleu, blanc et gris. Je veux un film lumineux avec de la couleur, de la joie. » Dans son film, Nils Tavernier compte mettre en exergue l’amour qui unit les personnages. Car il l’assure, malgré les tragédies qui n’épargnent pas la vie du facteur Cheval, une certaine joie habite l’histoire. «  En sortant du film, j’ai envie que les gens se disent « mais oui, la joie est possible même dans la difficulté, la vie est chouette même si c’est difficile ». Le facteur Cheval a quelque chose d’universel de cet ordre là que j’ai envie de positiver. Je crois que je peux en faire un film extrêmement romantique tout en étant extrêmement rude. »


Une responsabilité face à l’histoire


Pour la première fois, l’histoire du facteur Cheval sera donc adaptée au cinéma. Le projet est née de la rencontre entre Fanny Desmarès, scénariste du film, et Alexandra Fechner, productrice. « Fanny m’a raconté cette histoire qui m’a passionnée, raconte Alexandra Fechner. C’est presque devenu une obsession. C’est une success-story incroyable et française. J’ai été touchée par cette volonté sans borne qu’avait le facteur. On peut tous croire en nos rêves et les réaliser. » Par la suite, elle a contacté Nils Tavernier, réalisateur, qui a travaillé durant un an avec les scénaristes (Fanny Desmarès et Laurent Bertoni) pour écrire ce film. Celui-ci ne cache pas qu’il sera forcément subjectif, avec sa propre interprétation, mais assure qu’il restera au plus proche de l’histoire du facteur Cheval. «  Ce n’est pas un film misérabiliste. Au contraire c’est un film plein d’espoir. Le palais, c’est un truc unique au monde. Il faut être le plus respectueux possible par rapport à l’histoire, au terrain, à la sculpture dans notre méthodologie de travail. » L’histoire de Ferdinand Cheval projetée sur tous les écrans de cinéma français va lui permettre de toucher tous les spectateurs. «  L’histoire du facteur cheval va être incontournable dans la pensée collective française après le film, et aura même une visibilité à l’étranger importante. Plus je serai respectueux par rapport au palais et l’histoire, plus je serai juste dans mon travail. Je me sens responsable de cela. » Le principal défi technique sera de réaliser un film sur 30 ans en une heure et demi, tout en montrant l’avancée de la construction du palais. « Un défi technique, artistique et narratif » pour l’équipe.


Un personnage complexe


Le facteur Cheval sera incarné par Jacques Gamblin. L’acteur a déjà joué dans le dernier film de Nils Tavernier, De toutes nos forces (sorti en 2014). Il devra ainsi camper un personnage mis en marge de la société mais en osmose avec la nature, travailleur, solitaire, épris d’un amour indéfectible pour sa fille Alice. Un rôle complexe, qui demandera sûrement un travail important à l’acteur. «  Jacques Gamblin est très travailleur, il va avoir besoin de réfléchir à comment utiliser les mains, les outils, détaille Nils Tavernier. Je ne peux pas avoir un acteur paresseux alors que le facteur Cheval travaillait la nuit. Je ne peux pas prendre le risque d’avoir un mauvais acteur. Jacques Gamblin est magnifique dans tous ses films. Quand je lui ai proposé, il connaissait très bien le facteur Cheval. Force réelle et mystère, Jacques a tout ça en lui. Le facteur, je l’imagine taiseux, bosseur, qui aime la solitude, pudique, mais étant capable de grandes qualités humaines et d’amour. Et c’est quelqu’un qui est mystique. Il impose aussi le fait qu’il était paysan. Il dit au monde bourgeois de l’époque : moi en tant que paysan je peux accéder à quelque chose de fini. Là il y a une volonté de lutte des classes, que je ressens derrière. Il est aussi en avance sur son temps car il prend toutes les religions et les mixe ensemble. Il est de fait avant-gardiste. »

Alexandra Lamy a également joué dans le dernier film de Nils Tavernier aux côtés de Jacques Gamblin. Le réalisateur a choisi de tourner avec le même couple, comme une sûreté par rapport au travail des acteurs. La comédienne se glissera dans les habits de Philomène, mère d’Alice. Un personnage qui restera constamment aux côtés du facteur Cheval et qui semble être la seule à le comprendre. «  Je pense qu’à l’époque, les femmes n’avaient pas autant la parole que les hommes, donc il fallait que j’écrive un rôle moderne et qui soit dans l’acceptation de l’amour d’un homme, précise le réalisateur. Alexandra est une comédienne qui peut accepter de passer derrière un sujet. Elle est au service de l’énergie du film. »



Le mystère d’une success-story


Pendant 33 ans, le facteur Cheval travaille de jour et surtout de nuit sur la réalisation du palais qu’il décide de construire avant tout pour sa fille. Si beaucoup de spécialistes ont cherché une raison à cette construction, Nils Tavernier veut conserver la magie, le mystère qui entoure la structure. Il ne donnera pas de réponses, racontera seulement l’histoire de son point de vue. « C’est quelqu’un qui a eu une reconnaissance de son vivant, donc on ne peut pas dire qu’il termine sa vie sans avoir montré son œuvre. C’est une success-story en ce sens-là. Et aussi dans le sens où ce sont des relations d’amour qui marchent. J’ai envie d’un homme qui va réussir des choses, qui a des difficultés parfois, des doutes parfois, des problèmes avec sa fille, sa femme, mais ce sont des histoires d’amour qui fonctionnent. Le facteur cheval est mystérieux, il bosse pendant trente ans sur un truc. Mais qu’est-ce qu’il lui est passé par la tête ? J’ai envie de garder ce mystère. On est de l’ordre du génie, du déraisonnable. On est sur une intelligence et une liberté hors norme, une intelligence créative sans limite. J’ai accepté le fait que je ne vais pas comprendre pourquoi. Il faut donc garder le mystère, lui inventer un parcours psychologique tendre et amoureux et être humble par rapport à lui. Je veux avoir dans le film l’émerveillement enfantin que l’on a lorsque l’on voit le palais. J’ai presque envie de protéger ce mystère. J’ai envie de protéger cet acharnement qu’il a eu de manière monomaniaque mais probablement un peu maladive, et névrotique, sûrement. »


Flora Chaduc


* célèbre médecin de la série télévisée américaine du même nom



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