ÉGLISES

• Mardi 23 février 2016 à 10h07

Louis Lochet : artisan d’Église

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Il est des hommes qui ont vocation à rayonner, des hommes dont la parole éternellement moderne se doit de résonner davantage encore dès lors qu’ils sont en terre. Des hommes au destin de graine. Louis Lochet est de ces hommes. Mais qui aujourd’hui, même au sein de l’Église, connaît le Père Lochet ? Sa parole ? Sa modernité ? Sa vision d’Église ? Son implication dans les Foyers de Charité ?… Trop peu.


Monique Mazzoléni, membre de la communauté des Foyer de Charité (Châteauneuf-de-Galaure) et historienne de formation, vient de publier un ouvrage : « Louis Lochet – Prêtre et prophète – De Reims aux Foyers de Charité » (édition Salvator), pour corriger ce manque. Elle qui a bien connu le Père Lochet pour l’avoir accompagner onze années durant lors de l’aventure du Foyer de Charité de Mugera au Burundi. Ce livre est une monographie de ce prêtre méconnu qui, à l’instar d’une certaine Marthe Robin, appelait bien avant le Concile Vatican II à un renouveau de l’Église.


Prêtre diocésain avant tout


Pour aller à la rencontre du Père Lochet (1914-2002), c’est en paroisse qu’il faut se rendre. Sa parole et son discours ne peuvent être compris qu’à travers ce prisme-là, celui du terrain. Car le Père Lochet est un artisan d’Église. Si l’on veut se risquer à une analogie profane pour cerner le personnage, Louis Lochet serait cet homme de relations et de contacts, qui aurait préféré un mandat de maire au plus près de ses administrés, plutôt qu’un confortable fauteuil parisien loin de son peuple. Ainsi, le père Lochet, même s’il fut un temps professeur au Grand Séminaire de Reims – sa ville natale -, est avant tout et par-dessus tout un prêtre diocésain, un curé de paroisse, habité par l’Évangile, soucieux de conduire au mieux sa mission apostolique.

Cet enracinement paroissial est, dès les premières heures de son ministère, remarqué par tous. Du reste une phrase revient souvent s’agissant de cerner ce prêtre différent, à la parole différente : « le Père Lochet écrit ce qu’il dit, et vit ce qu’il écrit » . Continuons cependant de filer la métaphore politique qui, si elle est maladroite, n’est pas si fausse.



Une vision prophétique


Combien de fois n’entend-on pas dire aujourd’hui que les élites sont coupées de la nation, et que ce décalage ruine la parole et l’action de la classe politique. Et bien c’est précisément de ce décalage, mais cette fois entre l’Église et son peuple, dont le Père Lochet a souffert comme d’ « une brûlure intérieure face à une Église qui n’avait plus les mots pour rejoindre les hommes » , selon Monique Mazzoléni.

Ainsi écrit-il en 1954, dans « Fils de l’Église » – troisième des 14 ouvrages qu’il rédigera : « L’Église semble bien loin du monde du travail […] En nous, le monde du travail ne peut plus reconnaître le Christ […] » – à cette époque, le Père Lochet est curé de la paroisse Saint-Louis, une paroisse ouvrière de la banlieue rémoise, au cœur de laquelle il restera dix ans, décennie qui orientera à jamais sa façon d’être prêtre.

La critique est sévère, le constat est rude, mais pas de bon remède sans diagnostic sincère. Et le Père Lochet pose le sien, regard sans complaisance qu’il porte sur son Église, et à propos de laquelle il écrira : « Si la manière dont nous vivons aujourd’hui le mystère de l’Église n’est plus une révélation de l’Amour de Dieu pour tous, c’est qu’il y a quelque chose de faussé quelque part […] » .

Il voit juste et loin, et c’est en cela que beaucoup diront qu’il était prophète, curé visionnaire, lui qui appelait de ses vœux une Église vivante, proche des hommes et portée par ses laïcs, dans une collaboration et un dialogue avec les prêtres. « Il sent combien l’Église a besoin d’un souffle spirituel neuf… » , explique Monique Mazzoléni, ceci des années avant Vatican II, qu’il avait à sa manière annoncé. Sur ce point, il faut écouter M gr Herbulot, évêque émérite d’Evry-Corbeil-Essones : « Le Père Lochet fait partie des théologiens du Concile. Mais dans tout ce qui sort pour célébrer le Concile, nulle part on ne voit référence à lui » – propos qui motivèrent Monique Mazzoléni pour la rédaction de son ouvrage.



Communauté, principe d’apostolat


Comment dès lors ne pas le rapprocher d’une grande figure mystique du xx e siècle, bien connue des Drômois, qui partagea les mêmes inquiétudes sur l’Église et les mêmes intuitions pour la renouveler : Marthe Robin – dont elle dira de Louis Lochet : « Le Père Lochet, c’est l’Évangile » .

Louis Lochet rencontre Marthe en 1959, alors qu’il est venu suivre une retraite prêchée par le Père Finet au Foyer de Charité de Châteauneuf-de-Galaure ; cette rencontre sera déterminante. Après cela, l’histoire des Foyers et celle du Père Lochet resteront intimement liées, avec notamment la fondation d’un Foyer au Burundi, où il restera dix années. Le père Lochet était conquis par l’Œuvre des Foyers, son objectif évangélisateur et son aspect communautaire le séduisaient au plus haut point, lui qui voyait la communauté comme : principe d’apostolat.

Il œuvra durant plus de 25 ans pour les Foyers, et d’une certaine façon, les sauva du pire. En effet, au cours des années quatre-vingt, les Foyers connaissent une crise de croissance. Des tensions naissent, le risque d’éclatement est réel. C’est alors que le Père Lochet, à la demande de Rome, prend la direction d’une commission qui aboutira en 1982 à la rédaction des statuts des Foyers, et en 1986 à la reconnaissance de l’Œuvre des Foyers de Charité par le Conseil Pontifical pour les laïcs. Il fallait un homme de dialogue et de synthèse, il fut cet homme.

Louis Lochet « respirait l’Évangile » , selon l’expression de M gr Herbulot, mais il était aussi un pragmatique et un visionnaire. Sa parole claire et toujours moderne doit être entendue – d’aucuns prêteraient même certains mots du Pape François comme étonnamment proches de ceux du Père Lochet, que ce dernier, à bien des égards, aurait annoncé.

Aujourd’hui encore l’Église a besoin de cette théologie, de ce phare spirituel, et doit (re) faire connaissance avec le Père Lochet, ce fidèle artisan d’Église, dont la parole devra être graine.



Frédéric Coutisson



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