ÉGLISES

• Jeudi 26 mai 2016 à 9h37

Monastère de Taulignan : les jardins du Bon Dieu

Aujourd'hui, trois hectares sur les six qui entourent le monastère sont exploités.

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    Aujourd'hui, trois hectares sur les six qui entourent le monastère sont exploités.

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    La boutique du monastère propose les produits Clarté Provence à la vente.

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    Quatorze soeurs dominicaines qui se lancent dans l'agriculture biologique, un pari audacieux et couronné de succès.

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    L'hydro distillateur servant à la production d'huiles essentielles, et financé par un généreux mécène.

Les moniales dominicaines du monastère de Taulignan se sont lancées en 2009 dans une démarche écologique. Sept années plus tard, leur initiative est couronnée de succès. Voici leur aventure.


Dire que les moniales dominicaines de Taulignan ont anticipé la parole écologique du Pape François, développée dans son Encyclique « Laudato Si’» de juin 2015, serait un euphémisme. Parce qu’à venir les visiter dans leur monastère La Clarté Notre-Dame, niché dans un creux de la colline drômoise, on a plutôt le sentiment que c’est leur expérience qui a inspiré la parole papale. Car dès 2009, les 14 sœurs dominicaines se sont lancées dans ce qu’elles nomment sobrement une démarche écologique.


«  Vous avez de la terre  »


Tout commence réellement un an avant, en 2008, lorsque le fermier qui utilisait les terres du monastère pour faire pousser sa vigne résilie son bail, et que dans le même temps l’atelier de reliure, devenu peu adapté car trop spécialisé, ferme ses portes. Ces deux sources de revenus désormais asséchées, et leurs activités d’accueil au public pour retraites spirituelles ne suffisant plus à faire vivre la communauté, les quatorze sœurs drômoises se donnent une année pour réfléchir à en trouver d’autres. « On nous a déconseillé de poursuivre l’activité viticole, explique Sœur Dominique, en revanche, plusieurs voix se sont levées pour nous encourager à utiliser nos terres » .

Toutefois, si le monastère de Taulignan peut s’enorgueillir de ses six hectares de terrain, aucunes des dominicaines n’avaient jamais fait pousser ne serait-ce qu’un radis. Et puis c’est un travail difficile, un travail d’homme. Pourtant, l’idée les séduit. « Prendre soin de la nature, et utiliser ce qu’elle nous donne pour faire du bien aux gens, cela faisait sens avec notre engagement, explique Sœur Dominique… et puis c’est une activité grâce à laquelle chacune de nous pouvait trouver sa place » . Alors, l’idée d’une production de tisanes Bio commence à germer, sans savoir si le terrain entourant le monastère sera à la hauteur de leurs espérances… jusqu’à une rencontre déterminante.



À l’école de Pierre Rabhi


Elles entendent alors parler d’un spécialiste en culture biologique vivant en Ardèche, qui avait accompagné la conversion au Bio du monastère de Solan (Gard). Elles le contactent, et c’est à leur demande que Pierre Rabhi vient leur rendre plusieurs visites. Le sage ardéchois leur révélera alors toute la richesse du sol qu’elles foulent depuis des années, sans jamais en avoir eu conscience. « Il nous a dit : c’est un véritable petit paradis que vous possédez, exploitez-le… vous avez tous les ingrédients : de la terre, de l’eau et du courage ! » . Suivront les visites de Lydia et Claude Bourguignon – grands spécialistes internationaux de la qualité des sols -, plusieurs formations à la chambre d’agriculture, des rencontres avec Agri Bio pour s’assurer de remplir le cahier des charges Agriculture Biologique.


Les règles de l’art du tout biologique


Peu à peu, le voile bien accroché aux cheveux, l’Évangile dans une main et la pioche dans l’autre, voilà nos Sœurs dominicaines de s’adonner au travail de la terre. Un travail rigoureux, d’autant qu’elles le font dans les règles de l’art du tout biologique : planter et récolter à la main, recours au paillage sur les rangs, à l’enherbement inter-rangs, utiliser des intrants naturels (fumier, compost végétal), soigner les plantes par les plantes en associant les plantes compagnes… « Lorsque l’on y repense, c’est une incroyable aventure, s’étonne Sœur Dominique , quelque sept années après le début de l’entreprise , une troupe de bonnes Sœurs qui se lance dans l’agriculture Bio, sans rien y connaître… et pourtant, personne ne nous a jamais découragés, au contraire » .

La production de tisanes Bio démarre, et bientôt le travail porte ses fruits. Elles ont même créé leur marque : Clarté Provence, une marque doublement certifiée. D’une part par le label Ecocert (le spécialiste français de la certification des produits issus de l’agriculture biologique), et par le label Monastic*. Aujourd’hui, Clarté Provence est bien sûr distribuée au monastère de Taulignan, mais également partout en France, et sur internet.



Tisanes et huiles essentielles


Elles l’ignoraient au départ, mais la production de tisanes Bio ne sera qu’une étape. Car depuis trois ans maintenant, les moniales-agricultrices produisent leurs propres huiles essentielles, et hydrolat. Après une formation auprès du Centre Régionalisé Interprofessionnel d’Expérimentation en Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales (CRIEPPAM) à Manosque, pour apprendre les rudiments de la distillation, elles se sont en effet lancées dans cette exigeante production. Une production qu’elles comptent encore développer.


Terre et senteur de la Clarté


Aujourd’hui, sur les six hectares de terrain cultivable en leur possession, trois sont exploités. Et si l’ambition des quatorze dominicaines est sagement mesurée « on ne produit que ce dont on a besoin » , elles nourrissent un autre objectif, loin de tout mercantilisme.

Voilà plusieurs années qu’elles ont fondé l’association : Terre et senteur de la Clarté, dont l’objectif est l’aide à la réinsertion par le travail de la terre. Par exemple, plusieurs associations de travailleurs handicapés sont déjà intervenues sur le monastère pour mettre la main à la pâte. Mais, ce que souhaiteraient à terme les sœurs de Taulignan, serait d’aider à la réinsertion des prisonniers. Sœur Dominique résume parfaitement leur démarche : « Le travail de la terre a du sens, le travail de la terre redonne du sens à la vie… travailler la terre peut reconstruire un homme, c’est certain » . Prendre soin de la Création et des hommes : le Pape François n’aurait pas dit mieux.



Frédéric Coutisson



*Monastic : association dont le but est de faire face à la concurrence déloyale provenant d’un usage abusif de terminologie ou de publicité d’apparence monastique. Monastic est une marque collective, avec son logo, et a été déposée à l’I.N.P.I. le 5 octobre 1989.

Pour aller plus loin, et se procurer les produits des moniales de Taulignan : www.dominicaines-taulignan.fr – 04 75 53 55 11



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