CULTURE

• Lundi 30 mai 2016 à 9h24

Une souscription pour le cabinet d’écriture de la Marquise

Le cabinet d'écriture de la Marquise en son état actuel.

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    Le cabinet d'écriture de la Marquise en son état actuel.

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    Les élus et les représentants du patrimoine autour du prix remis à Grignan.

Dans le cadre des importants travaux de restauration et de réhabilitation du Château de Grignan, prévus de l’automne prochain jusqu’en 2020 (en plusieurs tranches), essentiellement des travaux d’extérieur, le Conseil départemental prévoit également des aménagements intérieurs, dont la reconstitution du cabinet d’écriture de la Marquise, dans l’esprit de son époque. Objectif : lui redonner l’attrait tant apprécié par Mme de Sévigné.


La Marquise affectionnait particulièrement cette petite pièce, contiguë à sa chambre, et aimait s’y reposer, lire et écrire, jouissant d’une “vue magnifique”.”Je souhaite plus d’être dans ce beau cabinet que dans tous les lieux du monde”, écrivait-elle à sa fille en 1672. Elle le qualifiait aussi “digne d’un château royal”.


Le Château de Grignan, devenu propriété du Département en 1979, a connu une première période de restauration dans les années 1980. Aujourd’hui, après la Galerie des Adhémar, classée aux Monuments historiques en 1993 et qui a retrouvé son éclat d’antan en 2013 après sept mois de travaux minutieux, ce sera au cabinet d’écriture de se refaire une beauté. En effet, si la chambre de la Marquise est bien restituée dans l’esprit XVIIe siècle, il n’en est pas de même pour le cabinet, qui reflète plutôt une décoration du XVIIIe siècle, et qui souffre de vétusté. Aussi, le Conseil départemental souhaite le restaurer dans le même esprit, afin d’uniformiser la conservation patrimoniale des appartements de Mme de Sévigné, au deuxième étage de l’aile sud.

Les travaux porteront sur le décor (restauration de lambris et confection de tentures) ainsi que la restauration de meubles, d’œuvres et d’objets d’art. Ils seront réalisés par des artisans et des restaurateurs aux savoir-faire d’excellence, dans une dizaine de corps de métiers.



Une première pour le Département


Le château étant un patrimoine drômois, riche de ses collections et de ses décors, le Département s’associe à la Fondation du patrimoine pour porter ce projet et lancer une campagne de souscription : “Ensemble restaurons le cabinet d’écriture de la marquise de Sévigné”. C’est une première dans les Châteaux de la Drôme et au Département. Une nouvelle approche qui contribuera à fédérer les habitants du territoire de Grignan et de la Drôme autour du personnage emblématique de la Marquise, mais qui pourra aussi s’étendre à d’autres projets de préservation du patrimoine. Fabien Limonta, vice-président du Conseil départemental et président des Châteaux, a présenté la démarche et indiqué le montant des travaux : 200 000 € (TTC). Le Conseil départemental espère collecter au moins la moitié par la démarche de mécénat participatif.

La convention actant le partenariat entre le Conseil départemental et la Fondation du patrimoine pour le lancement de la souscription a été signée vendredi 20 mai par le président du Conseil départemental Patrick Labaune, et le directeur général de la Fondation du patrimoine, François-Xavier Bieuville, en présence du délégué régional Jean-Bernard Nuiry et de plusieurs élus drômois, ainsi que du maire de Grignan, Bruno Durieux, qui a reçu par ailleurs un prix de la Fondation pour sa commune.

Le bulletin de souscription, qui s’adresse tout autant aux particuliers qu’aux entreprises, avec les avantages fiscaux liés, est disponible dans les châteaux drômois, à l’Hôtel du Département et à la Conservation départementale du patrimoine à Valence. Il peut aussi être téléchargé sur Internet pour une campagne de crowdfunding (financement participatif) sur le site de la Fondation du patrimoine, en sélectionnant “faire un don” puis le département ou la commune du projet concerné, et se laisser guider. Un lien va également être disponible sur le site des Châteaux ou celui du Département.



En 2017, une grande expo consacrée à la Marquise


Le cabinet, qui aura soin de restituer l’atmosphère de lecture et d’écriture chère à Mme de Sévigné, ne sera pas le seul à être restauré dans une ambiance XVIIe siècle. Au deuxième étage de l’aile sud, cet étage ayant vocation à être entièrement consacré au XVIIe siècle, puisqu’il abritait les appartements du Comte de Grignan et ceux de sa belle-mère quand elle séjournait au château. Si la Marquise n’y a en fait vécu que quatre ans au total, en trois séjours distincts, elle a largement marqué l’endroit et son destin s’y est scellé avec son décès en 1 696. Elle aimait beaucoup Grignan : “Je pense sans cesse à Grignan, à vous tous, à vos terrasses, à votre belle et triomphante vue”, écrivait-elle à Françoise en 1 689. Pourtant aucune exposition ne lui a jamais été consacrée dans “son” château, et la dernière en date, à Paris, remonte à 1996, pour le tricentenaire de sa mort.

Or un grand espace d’exposition temporaire de 200 m² sera aménagé au 2e étage de l’aile principale, à partir de l’automne 2016, dans le prolongement de l’appartement de Mme de Sévigné, afin de valoriser les lieux. Et la première exposition qui s’y déroulera lui sera dédiée, de mai à octobre 2017 : “La Marquise de Sévigné, mythe et réalité”. Elle s’appuiera à la fois sur sa Correspondance (elle a envoyé pas moins de 764 lettres à sa fille à Grignan !), sur des œuvres d’art et des documents d’archives prêtés par divers partenaires. Le propos de l’exposition sera de mettre en lumière les relations entre les séquences biographiques et les manières d’écrire de la Marquise. Lorsqu’elle était dans le Sud, la vie quotidienne au château se voulait à la hauteur du pouvoir du Comte de Grignan et gouverneur de Provence, et “impliquait une vie de cour dont Versailles était le modèle”. On trouve trace de cet art de vivre au XVIIe siècle dans le millier de lettres que recèle au total la Correspondance.


M-F. Tonelotto (CLP)



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Outre les aménagements intérieurs, les travaux d’envergure concerneront la restauration de façades, remparts, sols et espaces extérieurs. La première phase, estimée à 2,50 M€, débutera à l’automne 2016 et s’étalera sur deux années. Il s’agira d’abord de la requalification des deux cours, celle d’honneur et celle du bassin, puis de la consolidation des remparts côté collégiale et de la restauration des façades de la cour du Puits et de celle des Ruines (la façade sud, Renaissance, a été restaurée en 2010). La deuxième phase, pour la réhabilitation de l’aile des Prélats (nord) jusqu’ici inexploitée, avance dans les dossiers mais reste encore à l’étude. Il s’agit d’abord de consolider et sécuriser cette partie du château, et d’étudier ensuite le potentiel que représente cette surface. Une destination économique complémentaire à la vocation culturelle du bâtiment, qui apporterait au Département des revenus pour continuer d’entretenir ce patrimoine, est envisagée, en particulier un hôtel. Mais la destination finale de cette aile, si elle est totalement reconstruite, n’est pas encore actée. Une étude commerciale sera lancée au printemps 2017 pour finaliser ensuite les décisions, y compris aussi la restauration possible de jardins comme ils existaient au XVIIe siècle. Les travaux pour cette deuxième tranche, estimée à 4 M €, s’étageraient de 2017 à 2020.

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