ÉCONOMIE

• Mercredi 13 juillet 2016 à 9h50

De la spiruline expérimentée en aquaponie

Dans les bouteilles plastiques, la spiruline ; sur les plaques flottantes, les plantes aromatiques. Le tout sous un éclairage tamisé au led.

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    Dans les bouteilles plastiques, la spiruline ; sur les plaques flottantes, les plantes aromatiques. Le tout sous un éclairage tamisé au led.

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    Zak Abbaz est le président fondateur "d'Aquaponie valley".

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    Zak Abbaz (à droite) aux côtés des deux salariés actuels du site pilote de Loriol : Guillaume Kessler et Benoît Guénolé (en rouge).

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    Jean-Marc Bouvier a remis un chèque de soutien à Zac Abbas. Crédit photo : ©Fargier

Un site pilote de culture cyclique s’est installé à Loriol. Soutenu par des institutions et des entreprises locales, « ce laboratoire de plantes aromatiques, médicinales et d’élevage de poissons » veut passer en mode production d’ici fin 2016.


En prenant la déviation de Loriol, sur sa partie Sud en direction de Montélimar, les automobilistes passent immanquablement devant cinq hangars gris à l’entrée de la zone industrielle des Blaches. Des garages ? Ou des lieux de stockage pour les entreprises du coin ? Non. Personne ne se doute qu’en réalité le hangar numéro 4 cache une ferme « aquaponique » (lire ci-dessous). Ou plutôt un site pilote, unique en France : celui d’une culture cyclique méconnue et pourtant ancestrale. Là se situe « Aquaponie Valley ». On y fait pousser des plantes aromatiques et médicinales, et notamment de la spiruline, tout en y élevant des poissons. En symbiose. Sans chimie. De la protéine naturelle et saine.


À l’origine de cet étonnant laboratoire, voué à devenir entreprise à moyen terme : Zak Abbaz, un Loriolais de 48 ans, ancien expert-comptable et ancien directeur administratif, soucieux de la qualité nutritionnelle de nos assiettes. « Je pense à mes enfants, aujourd’hui adolescents, à leur avenir, à l’importance de la nourriture, à la préservation de notre planète » , affirme-t-il. Ce natif de Valence, tout en ayant la fibre gestionnaire, ne renie pas son côté humaniste. Ce projet, il l’a en tête depuis 2012 et au hasard de rencontres, il l’a mûri durant plusieurs mois avant de le concrétiser en 2016. « J’ai l’esprit d’entreprise, mais j’ai travaillé un temps dans l’économie sociale et solidaire » , confie ce père de famille. « J’ai toujours eu le souci d’apporter quelque chose aux autres. Dans un premier temps, j’ai souhaité implanter cette ferme à Beauchastel, tout près de l’Esat* pour y faire travailler à terme des personnes handicapées et plus tard des gens éloignés de l’emploi. Mais pour des tas de raisons, surtout des lenteurs administratives, ce projet n’a pas pu voir le jour. Grâce au soutien d’un sponsor privé, nous avons pu installer la ferme ici à Loriol en janvier dernier. Mais il fallait trouver un vrai créneau » .


La spiruline, un marché


Car l’autre souci de ce quadragénaire a toujours été l’innovation, gage de réussite en matière entrepreneuriale. Quelle production pouvait être viable en période de crise ? « L’aquaponie en soi est une pratique nouvelle en France, mais elle existe depuis longtemps par exemple au Canada » , pondère Zak Abbaz. « J’ai réfléchi à concevoir en Drôme ou en Ardèche une ferme aquaponique qui soit insérée dans le paysage territorial et c’est alors que j’ai pensé à la niche des plantes aromatiques et médicinales, et en particulier à la spiruline » . On produit seulement 50 tonnes de spiruline en France alors que le marché est évalué à dix fois plus. À Loriol, un prototype est d’ailleurs actuellement testé, et, paraît-il, donne déjà des résultats satisfaisants, malgré un process plus compliqué qu’en aquaponie « classique ».


Symbiose à l’échelle d’un territoire


Mais les défis ne font pas peur à Zak Abbaz, qui s’appuie sur des partenaires locaux, sur lesquels la réussite d’Aquaponie valley pourrait avoir de réelles retombées positives. À un niveau national, le territoire pourrait bénéficier d’une renommée non négligeable dans l’industrie agroalimentaire de pointe. À un niveau local, une économie circulaire pourrait être enclenchée : les agriculteurs du coin fournissant les plants ou les poissons, Aquaponie valley les boues pour l’épandage, faisant travailler les entreprises locales sur des créneaux de pointe (comme la création de bacs de cultures en plastique constitué d’algues) et alimentant ensuite en circuit court les marchés du coin. « On pourra même poursuivre notre activité dans l’ingénierie, faire de la formation en aquaponie, donner l’envie à des industriels ou des agriculteurs à se lancer dans cette démarche » , suggère Zak Abbaz, jamais à court d’idées.

En fin de compte, cette symbiose, aménagée au sein d’un simple hangar, ce dynamique Drômois aimerait bien contribuer à l’organiser… à l’échelle d’un territoire.



Cyril Lehembre


* établissement d’aide et de service par le travail.

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Au soutien des projets innovants qui rentrent dans la philosophie environnementaliste prônée par les élus du territoire, la société d’économie mixte (Sem), Val de Drôme développpement (V2D), créé par la communauté de communes du val de Drôme (CCVD), a décidé de faire un geste pour la structure présidée par Zak Abbas. À la fin juin, Jean-Marc Bouvier, président de V2D lui a remis un chèque de 19 000 € en présence de Jean Serret, président de la communauté de communes, de Claude Aurias, maire de Loriol et de Jacques Ladegaillerie, vice-président du Département. V2D, fondée en 2013 avec des capitaux publics et privés (CCVD, association Aider, Caisse d’épargne, BPRA + divers cabinets juridiques) est un outil supplémentaire, initié par les élus pour accompagner le territoire sur le plan économique. Son objectif est de soutenir toute initiative qui poursuit la transition énergétique et qui s’inscrit dans des projets innovants susceptibles d’entrer dans la charte biovallée. «Nous appuyons les différents projets de fermes éoliennes ou photovoltaïques et essayons de favoriser l’investissement participatif du citoyen de la vallée de la Drôme », explique Jean-Marc Bouvier, par ailleurs adjoint à Montoison. « L’idée est de ressourcer localement la richesse, de la redistribuer, de valoriser le territoire. Ce qui nous a séduit dans le projet de M. Abbaz, c’est qu’il affiche de belles ambitions en termes d’économie circulaire, non polluante, de proximité, avec, en plus, une dimension solidaire. Les 19 000 euros que nous lui avons alloués doivent servir à développer le processus de l’aquaponie et à le valider comme un modèle viable économiquement. Nous y croyons. Et nous espérons qu’assez vite, la structure passera de l’expérimentation à l’exploitation ».

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