SOCIÉTÉ

• Jeudi 28 juillet 2016 à 10h04

Ils jeûnent et marchent... pour se ressourcer

Sur les hauteurs de Léoux (à Villeperdrix), le magnifique paysage est propice aux belles balades.

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    Sur les hauteurs de Léoux (à Villeperdrix), le magnifique paysage est propice aux belles balades.

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    En été ou hors saison, les participants viennent souvent de très loin pour ce qui est, à chaque fois, une expérience unique.

À Léoux, dans le Haut Nyonsais, la famille Bölling propose depuis un quart de siècle des balades en montagne sans que les marcheurs ne mangent d’aliments solides. Le succès de ces formules insolites « pour se détoxifier l’organisme », en plein essor en France, ne se dément pas. En Drôme, les semaines « jeûne et randonnée » fonctionnent en toute saison.


Les premiers rayons de soleil éclairent la combe de Léoux, sur la commune de Villeperdrix. Il est 7 h 45 du matin, vendredi 15 juillet. Au gîte de Gisbert et Gertrud Bölling, en contrebas de la montagne d’Angèle, certains sont déjà debout, s’étirant tout doucement, profitant de la douce lumière, du vent et des odeurs de sauge qui traversent les narines. Ils se préparent pour la randonnée de 9 h du matin. Ils n’ont pas mangé, ni cette nuit, ni la veille, ni les journées précédentes. Seulement pris bon nombre d’infusions, des bouillons de légumes le soir et beaucoup d’eau pendant les marches. Cela fait presque une semaine entière que ce groupe de 31 personnes se soumet à un « jeûne hydrique », tout en pratiquant la randonnée. Et à ce groupe en succédera un autre dès le samedi suivant. Et un autre le samedi d’après. Toutes les semaines, toute l’année.


Chez les Bölling, on propose des stages hebdomadaires de « Jeûne et randonnée » en été et en toutes saisons dans le Haut Nyonsais. Cadre idyllique pour se promener, profiter de la nature, se ressourcer… Avec, en plus, cette diète qui permet aux participants de se « détoxifier » l’organisme et de peut-être, pour certains, changer leur rapport à l’alimentation.


Tisane et stimulation musculaire


Il est 8 h 30. La presque totalité des personnes s’est levée. Tous ont bu leur tisane ou un jus de pomme biologique. Et chose surprenante, aucun ne semble fatigué, ni avoir les traits tirés ou les jambes tremblantes. Au contraire, les uns et les autres semblent en grande forme, après six jours sans avoir consommé d’aliment solide. Beaucoup sont souriants et déjà prêts pour une balade de deux heures autour du torrent qui dévale la pente jusqu’à l’Eygues, où il se jette entre Villeperdrix et Saint-May. Un petit temps en groupe de stimulation musculaire (une ronde « dansante ») devant le gîte, puis c’est le départ pour un petit itinéraire, chacun à son rythme. Mais un rythme tout de même assez soutenu, celui de personnes ayant l’habitude de grandes randonnées en montagne. Nul besoin toutefois d’être un grand sportif, mais de tout temps, les organisateurs du stage « Jeûne et randonnée » ont exigé que les participants soient en bonne santé.

9 h 15, le groupe s’étire, marchant le long d’une impressionnante falaise, avant de traverser le ruisseau du Léoux, où l’accompagnatrice Nicola Bölling incite les jeûneurs à enlever provisoirement leurs chaussures : « Ceux qui le souhaitent peuvent rester un moment pieds nus dans le ruisseau, l’eau froide va stimuler la circulation du sang » . Dans ce qu’offre la nature, chaque occasion est bonne à prendre. C’est là aussi la philosophie de ces stages qui peuvent paraître insolites à des non pratiquants. Mais se mettre à la diète, marcher et profiter de la montagne vont bien ensemble. Et même si les jeûneurs ne viennent pas tous chercher la même chose lors de ces semaines de balades, beaucoup aboutissent à un même constat : une certaine harmonie intérieure retrouvée, facilitée par l’harmonie extérieure (celle de la nature) et une vraie cohésion de groupe qui s’installe, très vite, par ce partage d’expérience en commun.



«  Je me suis retrouvée  »


« Cela fait la troisième fois que je viens ici en Drôme pour ce stage » , confie d’ailleurs Sylvie, 55 ans, originaire de Grenoble. « C’est une parenthèse pour moi. Je me nettoie le corps en ne mangeant pas. Je me nettoie la tête en marchant dans un cadre magnifique, apaisant. Et je fais des rencontres fabuleuses avec des personnes aux itinéraires et parcours de vie très variés. Je reviendrais » . Même son de cloche chez la débutante Annie, 58 ans, Lyonnaise qui reconnaît être venue « pour perdre du poids » : « Au-delà d’enlever quelques kilos, je n’avais pas d’attente réelle, mais je m’aperçois qu’au bout d’une semaine, je me suis retrouvée ». D’autres reconnaissent aussi que des changements se sont produits dans leur quotidien : « Je fais davantage attention à ce que je mange et aussi à ma qualité de vie » , entend-on çà et là.

Le groupe poursuivra jusqu’à onze heures sa balade, sans toutefois marcher à nouveau l’après-midi, comme les autres jours. Car ce temps est celui de la fin du stage, celui de la rupture progressive du jeûne. Celui aussi du retour, petit-à-petit, à la vie « normale », avec, forcément, au moins un petit quelque chose qui aura changé en soi.



Cyril Lehembre



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Les stages se déroulent du samedi au vendredi. Les accompagnateurs viennent chercher les participants (qui arrivent de toute la France, voire de l’étranger) en minibus à la gare TGV d’Alixan pour les emmener sur le site de Léoux. Les randonneurs se sont préalablement préparés durant une semaine, en ne mangeant que des légumes et un peu de fruits, bannissant café, viandes, poissons, laitages, pâtes et pain, etc. Du samedi au vendredi, c’est le jeûne hydrique avec randonnée. Une fois terminé, ils repartent chez eux pour une semaine alimentaire « végétale », avant de réintroduire progressivement le reste, en commençant par le fromage blanc, le poisson, les pâtes, etc. Chaque jour, deux randonnées sont prévues, une le matin de 9 h à 11 h et une l’après-midi de 14 h à 16 h. Pour chaque balade, 10 à 12 km et 200 mètres de dénivelé. La pause méridienne est celle du « temps libre » pour chacun. Le soir, à partir de 6 h, il y a un débriefing en groupe, parfois individuellement ; quelquefois des conférences sont proposées par des intervenants extérieurs sur tous types de sujets. La semaine « jeûne et randonnée » coûte 400 euros par personne (salaire du guide de randonnée, de l’accompagnement et des conseils sur le jeûne, rétribution des intervenants extérieurs, paiement de l’assurance, etc.) auxquels s’ajoutent entre 70 et 150 euros selon les formules d’hébergement. Le nombre maximum de participants est une petite trentaine de personnes : proportion souvent atteinte en été, mais le reste de l’année, en automne et en hiver par exemple, c’est généralement trois à quatre personnes qui pratiquent « jeûne et randonnée » à Léoux.

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