POLITIQUE

• Jeudi 15 septembre 2016 à 9h45

Réfugiés : le village d’Allex déchiré par la polémique

Le maire Gérard Crozier (chemise blanche et cravate), entouré de ses adjoints, attend le résultat du référendum qu'il a proposé aux Allexois, avant de prendre la décision qui ira dans l'intérêt de ses administrés.

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    Le maire Gérard Crozier (chemise blanche et cravate), entouré de ses adjoints, attend le résultat du référendum qu'il a proposé aux Allexois, avant de prendre la décision qui ira dans l'intérêt de ses administrés.

Etes-vous favorable à l’installation d’un centre d’accueil pour réfugiés sur la commune ? » La question, qui divise depuis dix jours les Allexois, va leur être officiellement posée à l’occasion d’un référendum organisé par la municipalité d’Allex, dimanche 2 octobre. Ce jour-là, les urnes seront ouvertes aux habitants de ce village de 2 500 âmes et chacun aura l’entière liberté de répondre « oui » ou « non ». Ainsi en a décidé le conseil municipal, réuni en session extraordinaire, mardi 13 septembre au soir. Une manière, pour le maire et son conseil, de reprendre la main sur les affaires communales à propos d’une affaire qui lui échappe depuis cet été. Le projet a été décidé en amont il y a quelques semaines par l’État, et le préfet de la Drôme a choisi le château de Pergaud à Allex, dont les locaux sont disponibles pour ouvrir d’ici la fin septembre une cinquantaine de places pour recevoir des migrants. Gérard Crozier, premier magistrat de la commune, a été averti par Éric Spitz, représentant de l’État en Drôme, le 22 juillet, qui, lui-même, en a fait l’annonce officielle à la population lors du conseil municipal du 5 septembre.


« À deux reprises, j’ai fait part de mon regret sur le fait que les décisions soient prises d’en haut, sur le fait que la population et les élus locaux ne sont pas consultés au préalable », a déploré Gérard Crozier. D’où l’idée d’un référendum. Pour le premier magistrat, il s’agit de donner la parole à ses administrés, à l’heure où « on évoque pourtant si souvent la démocratie participative » . Et d’ajouter : « J’ai été élu par les Allexois, pas par le président de la République. Que l’on soit pour ou contre l’accueil des réfugiés, chaque point de vue est légitime. C’est un dossier complexe, dans un contexte national et international difficile. Le résultat du référendum nous guidera dans nos choix municipaux » .

Unanimité chez les élus ? Non. Mardi soir, trois conseillers municipaux d’opposition ont voté « contre » le principe d’un référendum qui, selon l’un d’entre eux, «ne fera que mettre de l’huile sur le feu». Dans des proportions différentes, les clivages municipaux paraissent refléter plus largement la division de l’opinion publique sur un sujet plus qu’épineux, repris depuis quelques temps par les médias nationaux.



Opinions tranchées


Au sein du village, il y a les opinions tranchées et les avis plus mitigés. Entre ceux qui veulent tendre la main aux réfugiés et ceux qui ont peur des dérives et de l’insécurité, la guerre fait rage et ne laisse que peu de place à l’expression de ceux qui aimeraient quand même bien aider les migrants, mais veulent des garanties (une orientation et de l’emploi pour ces personnes, le respect des lois de la République par les accueillis, etc.). La récupération politique n’a pas été évitée. Samedi, le Front national a organisé à Allex une manifestation « contre » le projet, tandis que d’autres manifestants ont même clamé leur adhésion à l’initiative du préfet. Le président du Conseil départemental, Patrick Labaune, a en revanche déclaré «  ne pas vouloir en Drôme d’un nouveau Calais » .


« Illégalité  » et récupération politique


Le représentant de l’État a, de son côté, avancé dans son travail avec l’association Diaconat protestant, choisie pour mettre en œuvre l’accueil des réfugiés. Le domaine Pergaud, précédemment occupé par le centre de réinsertion Regain, a été jugé par Éric Spitz comme parfaitement adapté pour y installer un CAO (Centre d’accueil et d’orientation). Face aux inquiétudes de ceux qui craignent un débordement, le fonctionnaire répond que le nombre de places est limité à cinquante et que « Allex n’est pas Calais ». « Plaque tournante, Calais est un point de départ pour la Grande-Bretagne » , souligne le préfet. « Ce n’est évidemment pas le cas d’Allex ». Le fonctionnaire précise que les personnes seront accueillies dans 26 chambres avec accès à des cuisines collectives, encadrés par une dizaine de professionnels pour les accompagner dans leurs diverses démarches, auxquels s’ajoutent six médecins et quatre infirmières. Quant à la décision du maire d’organiser un référendum, Éric Spitz n’a pas caché, dans un courrier adressé à Gérard Crozier, « son étonnement, alors même que les échanges issus de la réunion publique s’étaient révélés constructifs et apaisés ». Et d’ajouter : « Je ne suis ni pour ni contre ce référendum, j’applique la loi, c’est tout. Cette initiative est entachée d’illégalité dans la mesure où le conseil municipal ne peut pas soumettre à référendum une question relevant des attributions de l’État ». Au Département, les élus de la majorité conduite par Patrick Labaune ont au contraire publiquement manifesté leur soutien à l’initiative de Gérard Crozier de consulter ses administrés. Dans le Nord Drôme, la députée Nathalie Nieson déplore l’emballement des élus, notant que « certains partis n’ont pour seul but que d’attiser les conflits » dénonçant une « récupération politique » .

Quoi qu’il en soit, les quinze prochains jours seront déterminants. D’ici la dernière semaine de septembre, les locaux du domaine Pergaud seront nettoyés et prêts à l’accueil de réfugiés. La semaine suivante, le référendum livrera ses résultats. Si le oui l’emporte, le problème se résoudra de lui-même. Mais le timing risque d’être serré si la population locale répond « non ».


Cyril Lehembre



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1 commentaire

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Vos commentaires

  • COURSANGE

    Enfin Mr le Maire à baissé le masque.
    IL aura gardé les voix de droite au détriment de la fraternité.
    Je suis décu mais pas surpris.
    Nous sommes dans le même climat des années d’avant guerre avec ceux qui allaient devenir les “croix de feu ” la cagoule etc. puis les collaborateurs ensuire les miliciens. Ils ont fait beaucoup de mal mais l’ont payé cher à la Libération. Je vois qu’à Allex les chats n’ont pas fait de chients alors qu’ils réléchissent
    Lucien Coursange