CULTURE

• Dimanche 22 janvier 2017 à 10h01

Serge Aviotte va explorer les glaciers de Patagonie

Serge Aviotte au 1er plan à droite - Photo : Association Spele'ice.

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    Serge Aviotte au 1er plan à droite - Photo : Association Spele'ice.

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    Le glaciologue explorateur Serge Aviotte prépare une expédition de découverte et de recherches scientifiques en Patagonie Argentine.

Le glaciologue explorateur montilien Serge Aviotte prépare, avec ses collègues de l’association Spélé’Ice, une nouvelle expédition de découverte et de recherches scientifiques, non plus au Groenland mais en Patagonie Argentine, sur le Campo de Hielo sur, la 3 e région glaciaire la plus importante après les deux Pôles.


Pour cette nouvelle expédition, Spélé’Ice sera accompagnée de l’association italienne La Venta, conduite par le géologue Alessio Romeo qui a déjà réalisé plusieurs expéditions en Patagonie. Les spécialistes des deux associations se complètent régulièrement sur les diverses explorations. Celle à venir, appelée Projet Micro-algues et Glaces en Patagonie (MaGPat), se déroulera du 23 mars au 20 avril. Elle aura pour objectifs des aspects à la fois scientifiques, sportifs et éducatifs, et sera une nouvelle fois l’objet d’un film documentaire.


Des investigations très diverses


La première partie de l’expédition prendra place sur le glacier Perito Moreno, qui fait partie du parc national argentin Los Glaciares. Ce glacier, qui s’étend sur 250 km² et 30 km de longueur, est l’un des trois de Patagonie qui n’est pas en retrait. Il offre un front de 5 km de largeur et 60 m de hauteur au-dessus de l’eau, et atteint jusqu’à 700 m d’épaisseur maximale. Le glacier avance régulièrement dans les eaux du Lago Argentino (de 2 m par jour environ), mais il perd aussi de sa masse dans les mêmes proportions. Résultat : son front est stable dans les 90 dernières années. Des relevés glaciologiques seront réalisés à partir de la recherche des « moulins » (les gouffres glaciaires) pour analyser l’évolution morphologique du glacier par rapport aux précédentes données. Ce projet sera mené par Alessio Romeo et permettra, par comparaison avec d’autres études de glaciers similaires, de fournir des indicateurs pour la compréhension de l’évolution hydrologique des glaciers tempérés. « Il faut faire comprendre que si l’on est là aujourd’hui, c’est grâce à l’eau , commente Serge Aviotte. Or la glace, c’est 32 % des ressources d’eau douce dans le monde, qui ne représente déjà que 4,5 % de l’ensemble. Il faut donc voir dans quelles conditions la préserver. »

Parallèlement, l’équipe scientifique de Spélé’Ice, menée par le professeur Alain Couté du Museum d’Histoire naturelle de Paris, effectuera des prélèvements internes et externes aux moulins en vue d’analyses biologiques et chimiques, dans la lignée des études menées au Groenland. « On a besoin de voir si les mêmes schémas se reproduisent dans l’Antarctique, par rapport à l’Arctique où ça fond plus vite. Il faut déterminer l’influence sur les végétaux et les micro-algues en particulier. » Ces micro-organismes sont en effet des témoins de la richesse de la biodiversité, des êtres vivants qui vivent en autonomie et produisent de l’oxygène, ainsi que des substances d’adaptation au froid susceptibles d’être utilisées dans des applications concernant la santé. Pour toutes ces raisons, et surtout pour l’impact sur la protection de l’environnement, l’analyse de tous les micro-organismes, végétaux et faune, et la comparaison entre les divers glaciers sont très importantes.

Enfin, pour cette partie d’expédition, l’équipe documentaire de La Venta réalisera des prises de vue pour le film ainsi que de nombreuses photos, pour ensuite porter témoignage de l’exploration, en particulier auprès des plus jeunes. Des interventions dans les écoles pour sensibiliser les enfants à l’enjeu de protection environnementale, et auprès du grand public par des conférences sont prévues.

Une seconde partie de l’expédition se déroulera cette fois en Patagonie chilienne, sur le glacier Tyndall, qui fera l’objet d’explorations spéléo-géographiques par les deux associations. Les explorateurs spécialistes de la glace chercheront à repérer les gouffres glaciaires et à comprendre le mode de circulation des eaux de fonte à grande profondeur. De précédents relevés avaient été réalisés sur ce glacier par La Venta en 2000, ce qui permettra de précieuses comparaisons. Contrairement au glacier argentin, son voisin chilien a considérablement régressé ces dernières années. Ces observations pourront permettre de déboucher sur des applications pratiques, notamment de captage d’eau douce en milieu glaciaire.



Une volonté d’alerte et de transmission


Loin de faire du catastrophisme, Serge Aviotte souhaite cependant faire réagir le public, et surtout les plus jeunes, sur la prise de conscience nécessaire pour la protection de l’environnement. A travers toutes les recherches qu’il mène, avec ses collègues, sur l’évolution des glaciers, leur fracturation, l’impact sur la biologie et sur l’eau douce, le glaciologue veut témoigner combien la préservation de cette ressource est primordiale. « Le film, à la fois ludique et scientifique, expliquera l’eau, tout son cheminement, et le pourquoi de ces expériences. L’eau est un bien fragile, il ne faut pas s’endormir… L’homme impose à la nature le réchauffement, mais il faut voir s’il a la capacité à l’enrayer. Le climat concerne l’ensemble de la planète, et en travaillant loin, on peut aussi trouver des solutions pour chez nous. Les glaciers français et européens connaissent un retrait considérable, il faut tirer donc la sonnette d’alarme. Parce que les glaciers sont à la fois facteurs de mémoire et d’avenir. »

Le glacier Territo Moreno est extrêmement protégé par les autorités argentines. « On a pu obtenir les autorisations pour toutes nos recherches en raison du sérieux de l’expédition , précise Serge. C’est une valeur d’exemple. Il nous faut rester en éveil, toujours. Et donner envie à des jeunes de faire la même chose que nous : il y a de belles découvertes à faire, des solutions magnifiques, c’est pour ça qu’on y va ! » .

L’année prochaine, Serge Aviotte sortira aussi un livre sur sa vie d’explorateur, romancée, et sur l’eau.



M-F. Tonelotto (CLP)



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