SOCIÉTÉ

• Jeudi 9 février 2017 à 9h19

Comme dans l’hémicycle de l’ONU

Silence et attention sont requis lorsqu'une autre délégation est au micro.

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    Silence et attention sont requis lorsqu'une autre délégation est au micro.

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    La présidence du MUN : Raphaël Garagnon, Youssouf Boubaker, Solène Aubenas.

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    Pour prendre la parole, les intervenants lèvent le drapeau de leur pays.

Une nouvelle expérience vient d’être tentée au collège Notre-Dame des Champs à Romans. En classe, 60 élèves de sixième ont simulé vendredi dernier une séance type d’une assemblée des Nations-Unies. Une initiative avant tout ludique et pédagogique, mais qui pourrait bien déboucher sur des résolutions appliquées à un niveau local.


L a parole est à la délégation brésilienne » . Le jeune orateur se lève et s’exprime au nom de ce pays d’Amérique du Sud qu’il représente. « Les pauvres, il y en a aussi chez les plus âgés ; il faudrait augmenter les ressources des retraités » , clame-t-il. La présidente reprend alors le micro : « L’idée est intéressante, mais d’autres délégations ont proposé de donner de l’argent, et d’ailleurs pas seulement pour les retraités ; ce n’est sans doute pas une mesure suffisante » . D’autres motions pleuvent : de République d’Allemagne, du Congo, du Cameroun, du Commonwealth d’Australie. Un tel clame : « En Afrique, il faudrait créer un système de protection du travail ; on devrait donner du travail en priorité à une population ciblée, qui vit en dessous des seuils de pauvreté » . Chacun veut poser son idée, apporter sa pierre à l’édifice sur une question récurrente parmi les grands défis de l’humanité : comment éradiquer la misère de la surface du globe ? Sujet des plus sérieux et toujours d’actualité, à côté d’autres grands débats abordés au cours de cette séance qui aura duré une journée entière : la place des femmes dans le monde, le réchauffement climatique planétaire, les guerres, le terrorisme… Autant de préoccupations primordiales de bon nombre de pays et en particulier de l’ONU.


Sauf que ce jour-là (vendredi 27 janvier), nous ne sommes pas dans l’hémicycle des Nations-Unies à New York, mais dans la salle d’études du collège Notre-Dame des Champs, à Romans-sur-Isère. Et ceux qui ont pris la parole pour « tenter de changer le monde » sont des préadolescents de trois classes de sixième, qui tiennent une assemblée particulière : « le MUN « (lire l’encadré). Du matin jusqu’au soir, les 60 collégiens auront siégé et discuté de divers thèmes qu’ils ont choisis eux-mêmes en début d’année scolaire. Une première dans cet établissement privé du Nord Drôme. Et pour le coup, les collégiens se prêtent particulièrement bien au jeu : pas de débordements, pas de problèmes de discipline. La séance se déroule dans le sérieux et la coopération.

Quand un orateur intervient, c’est dans le calme relatif. Il faut dire que les échanges sont très cadrés par Raphaël Garagnon, étudiant dans une grande école de management et Youssouf Boubaker, éducateur spécialisé, tous deux rompus aux MUN qu’ils ont organisés en d’autres temps et en d’autres lieux. Ces deux jeunes adultes incarnent la présidence de séance. Avec l’aide de Solène Aubenas, professeure d’anglais du collège romanais, à l’initiative de cette assemblée peu ordinaire, ils chronomètrent les temps de parole, attribuant les bons et les mauvais points, sans oublier de le faire tout de même avec beaucoup d’humour. « La Chine a trois croix, pour l’instant » , déclare ainsi Raphaël Garagnon. « La présidence rappelle que vous parlez au nom du pays que vous représentez et non pas en votre nom ; donc, il ne faut pas utiliser le pronom personnel « je ». La présidence se réserve le droit de punir la délégation qui aura le plus de croix et respecté le moins de règles » . Sur quoi, Solène Aubenas pondère : « Mais c’est une punition gentille, ne vous inquiétez pas ! » Et Youssouf Boubaker de reprendre : « La délégation désignée devra danser ou chanter devant tout le monde » . Murmure dans l’assemblée… Un défi pour vaincre la timidité.



Détente et sérieux


Un peu de détente donc, mais globalement les choses se passent de manière « quasi professionnelle ». Chacun tient le temps de parole. Les échanges sont nombreux. Par petits papiers, transmis par Solène Aubenas, les délégations communiquent entre elles quand elles n’ont pas le micro. Elles sont autorisées à le faire, à bâtons rompus parfois. L’assemblée fonctionne en situation de « caucus modéré », (le mot « caucus » est traduisible par « conseil », dans le sens de « réunion »), par opposition au caucus immodéré où les interventions orales sont indéfinies dans le temps. Tout le monde ne parlera pas sur tous les sujets, mais à chaque caucus ayant trait à un sujet particulier, la délégation porteuse de la thématique demande à la présidence un temps de parole pour chacun. Toutefois Raphaël Garagnon et Youssouf Boubaker peuvent à tout moment interrompre et sont les seuls à avoir le droit de le faire. Et ne s’en privent pas, notamment lors du Caucus sur l’environnement. « La Chine a été mise en cause par le Rwanda, qui l’accuse de déverser des eaux polluées dans des eaux saines. La Chine veut-elle intervenir ? » Et c’est reparti pour un tour de débat. À la fin de la journée, il faut y mettre un terme et adopter des résolutions.

» Les élèves auront brassé les idées, mais le travail n’est fini que lorsqu’on décide de la marche à suivre, en l’occurrence pour changer le monde » , conclut Solène Aubenas qui n’exclut pas que des actions soient mises en œuvre, au niveau du collège à la suite des résolutions du MUN. « Mais franchement, je n’y ai pas encore réfléchi » , reconnaît-elle.



Cyril Lehembre


La présidence du MUN : Raphaël Garagnon, Youssouf Boubaker, Solène Aubenas.


Silence et attention sont requis lorsqu’une autre délégation est au micro.


Une séance simulée de Nations-Unies au collège… L’idée est celle de la professeure d’anglais Solenn Aubenas qui a souhaité organiser cette journée un peu particulière, avec l’accord de la direction de l’établissement et en concertation avec les élèves, à l’unanimité enthousiastes. « Pour eux, c’est un grand jeu et d’ailleurs, c’est le but premier, contrairement à ce qu’on peut penser » , souligne l’enseignante. « En jouant, ils ne se rendent pas compte qu’ils apprennent beaucoup. En début d’année, lorsqu’ils ont choisi de représenter tel ou tel État, ils ont dû se documenter sur le pays en question, faire des recherches, amasser un certain nombre de connaissances. C’est un gros travail à effectuer dans les livres et sur Internet » .

Outre l’aspect connaissance du sujet, les enfants développent aussi des compétences, un savoir être et un savoir-faire : lorsqu’on a 11 ans s’exprimer devant un public, au micro ou non n’est pas si évident, de même que connaître et suivre les règles d’une Assemblée telle que celle des Nations Unies, apprendre à argumenter, défendre ses idées tout en respectant celle des autres, adopter des résolutions qui ne sont pas forcément celles qu’on a souhaitées d’emblée. « Un MUN peut leur permettre de se rendre compte qu’ils vivent dans un monde complexe, à une période de leur vie où ils commencent un peu à sortir de la naïveté de l’enfance » , affirme-t-on au sein de l’équipe pédagogique. Ils ont dû aussi apprendre à travailler en équipe, souvent par deux (parfois des délégations sont composées de trois collégiens, maximum quatre), chacun se répartissant les tâches.



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