CULTURE

• Jeudi 16 février 2017 à 9h10

Elles redonnent vie au passé

L’équipe de l’atelier Jouve-Malfatto travaille jusqu’à fin février à l’hôtel de ville de Valence.

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    L’équipe de l’atelier Jouve-Malfatto travaille jusqu’à fin février à l’hôtel de ville de Valence.

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    Patience et minutie sont deux qualités indispensables dans le métier de la restauration-conservation.

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    Madeleine Malfatto et Dominique Jouve, amies et associées depuis plus de 30 ans.

Depuis plus de 30 ans, Madeleine Malfatto et Dominique Jouve, dont l’atelier est installé à Étoile-sur-Rhône, sont spécialisées dans la restauration-conservation du patrimoine. Fières de pouvoir ouvrir quelques fenêtres sur le passé, elles interviennent actuellement à l’hôtel de ville de Valence sur un chantier qui va rendre tout son apparat à ce bâtiment datant de la fin du xix e siècle.


On peut dire qu’actuellement c’est le chantier à l’hôtel de ville de Valence ! Entre les échafaudages, les plastiques au sol et les pots de peinture, le corridor et le hall du rez-de-chaussée sont bien occupés. La « faute » à Dominique Jouve et Madeleine Malfatto, qui sont là pour la bonne cause puisque depuis fin novembre elles travaillent à la restauration des lieux.


C’est la deuxième fois que les deux femmes, dont l’atelier est spécialisé dans la conservation-restauration du patrimoine, interviennent sur ce chantier. En début d’année dernière, elles se sont en effet occupées de l’escalier et du corridor du premier étage de l’hôtel de ville, avec pour objectif de lui redonner une identité proche de ce qu’il avait à sa création, à savoir à la fin du xix e siècle.


Un témoignage du passé


L’hôtel de ville de Valence a en effet été inauguré en 1894 et a depuis été très peu rénové. Et surtout pas toujours avec la même ambition… Dans les années 70 en effet, une réfection a été faite, mais à l’époque on est allé au plus simple et tout a été repeint et camouflé. « Des sondages préalables aux travaux ont été faits, à savoir enlever au sclapel les couches recouvrantes pour arriver à l’état initial des murs. Le travail de restitution n’a pas été facile, les supports étant très dégradés, mais nous sommes satisfaites d’avoir pu rendre à ce lieu tout son apparat » explique Madeleine Malfatto. Ainsi le corridor du premier étage a retrouvé ses couleurs d’origine, à savoir la couleur terre d’ombre sur les murs et brune pour les soubassements, et des inscriptions jusqu’ici disparues comme « Salle des mariages » et « Salle du conseil » au-dessus des portes qui ont été restaurées.

Pour la deuxième phase de travaux actuellement en cours, qui concerne donc le rez-de-chaussée, l’objectif est le même et la méthode identique. À savoir renouveler les œuvres et les décors dégradés et restituer une partie de ceux qui ont disparu avec le temps. « Sur la rampe de l’escalier et sur les candélabres par exemple, on dégage à l’aide d’un solvant toute la repeinture noire afin de redécouvrir le laiton doré d’origine » explique Madeleine Malfatto, qui précise que le chantier est à la fois de la restauration et de la restitution. La différence ? « Les sondages nous ont permis de dire comment était l’hôtel de ville à l’origine. Notre travail consiste à lui redonner cet aspect, en termes de motifs mais aussi de couleurs qu’on essaie de refaire au plus juste. Ça, c’est la partie restitution. La restauration consiste, elle, à dégager complètement un espace pour le mettre à jour et à apporter quelques retouches dans les lacunes sans intervenir sur l’original, comme par exemple sur les inscriptions Salle des mariages et Salle du conseil ».

Et à côté de ça, nos deux professionnelles de la restauration-conservation du patrimoine proposent également par endroits ce qu’elles appellent « des fenêtres de lecture ». Comprenez un petit espace ouvert sur l’original brut, comme un bout de frise ou un motif, tel un témoignage du passé.



Le patrimoine à la mode


Il faut dire que Dominique Jouve et Madeleine Malfatto connaissent leur métier, travaillant depuis plus de 30 ans en restauration du patrimoine avec pour principal client les Monuments Historiques.

Leur amitié est tout aussi longue puisque les deux femmes se sont rencontrées durant leurs études aux Beaux-Arts d’Aix-en-Provence. C’est ensuite aux Beaux-Arts de Valence qu’elles se retrouvent (à l’époque où il existait la section restauration), où elles sont formées par Noël Sauret. Par la suite, elles travailleront pour celui-ci dans son atelier de Valence, et ce jusqu’en 1989 où Dominique Jouve et Madeleine Malfatto décident d’ouvrir leur propre atelier avec un troisième associé. En 2000, elles ne se retrouvent plus que toutes les deux et donnent alors naissance à l’atelier Jouve-Malfatto, installé à Étoile-sur-Rhône.

Un atelier spécialisé dans la restauration-conservation qui intervient dans toute la région Rhône-Alpes, « mais pas au-delà car il y a du monde sur le marché » explique Madeleine Malfatto. « La restauration-conservation est un métier à la mode et intéresse les jeunes, donc il y a de la concurrence. » Mais les deux femmes peuvent compter sur leur expérience et leur notoriété, ayant à leur actif plusieurs centaines d’œuvres restaurées, de toutes époques et de toutes provenances. Car si elles interviennent principalement auprès des Monuments Historiques, des églises, des musées ou des collectivités, leurs clients peuvent aussi être des particuliers, pour tout ce qui est restauration de tableaux notamment.



Un métier passion


N’ayant pas de salariés, les deux associées ne prennent qu’un chantier à la fois, travaillant avec des intervenants spécialisés dans certaines techniques, en fonction de leur chantier. Sur l’hôtel de ville de Valence, elles ont actuellement trois personnes avec elle, dont le fils de Madeleine Malfatto.

« C’est un travail difficile et délicat, et à la fois physique : il faut monter des échafaudages, porter des choses parfois très lourdes. Ce travail ne peut pas se faire « vite », il exige de la patience… ou peut-être de l’obsession car moi je ne suis pas quelqu’un de particulièrement patiente ! » Bref un métier passion, surtout quand il donne lieu à certaines émotions : « lorsque nous intervenons sur des peintures médiévales par exemple, que nous les mettons à jour, que nous les restaurons, il est toujours émouvant de toucher à ces œuvres peintes par une autre main, il y a des siècles… »

L’équipe de l’atelier Jouve-Malfatto est encore sur place quelques jours, mais les Valentinois pourront très prochainement découvrir le travail réalisé par ces deux passionnées.



Julie Sanchez


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