ÉGLISES

• Dimanche 19 février 2017 à 9h26

Véronique Fayet, le visage politique du Secours Catholique

La présidente du Secours Catholique Caritas France, Véronique Fayet, était en Ardèche en fin de semaine dernière. Au programme de son bref séjour, deux conférences à Saint-Péray et Viviers sur les politiques de solidarité.


Pourquoi était-il important de souligner le « sans préjugé » dans votre nouvelle campagne de communication ?


Toutes les associations font le constat qu’il y a beaucoup de préjugés en France à l’égard des migrants, des pauvres, qui sont souvent traités de « fraudeurs », « feignant », « assistés ». Le mot assistanat revient de plus en plus dans les politiques. Cela mine la cohésion nationale, divise les Français, les dresse les uns contre les autres. C’est extrêmement dangereux pour la démocratie car au final, les gens ont envie de remettre en cause tout le système de protection sociale car ils n’y croient plus et pensent que cela nourrit des gens qui sont des fraudeurs, feignants etc. C’est un cercle vicieux. On se dit qu’on a le devoir de travailler pour déconstruire ces préjugés, combattre les idées fausses et pour pouvoir après reconstruire un contrat social national, un pacte social comme nous le demande nos évêques, sur lequel tout le monde soit d’accord et dans lequel on ne soit pas dans le jugement mais dans un désir de protection de ceux qui sont en situation de faiblesse.


La protection revient régulièrement dans votre discours. Pour vous, est-ce la clé pour revenir à quelque chose de plus positif ?


La protection est un mot qui parle à tout le monde. On a besoin d’être protégé quand on est malade, au chômage, en situation de fragilité, de dépression passagère, quand on est vieux, etc. Donc tout le monde a besoin d’être protégé par la collectivité nationale à un moment donné de sa vie. De manière parfois durable, parfois très momentanée. Mais tout de suite quand on travaille avec des personnes en situation de précarité, c’est « être protégé oui, mais on veut aussi contribuer. On ne veut pas être assisté, mais apporté notre contribution d’une manière ou d’une autre ». Si possible par un travail, c’est le mieux, la contribution la plus positive et la plus reconnue, ça peut être aussi bénévole, ou s’occuper de ses enfants. Se dire, « pendant trois ans je m’occupe de mes enfants et ce n’est pas une honte mais un choix que je fais. Qui est positif pour ma famille mais aussi pour la collectivité nationale, la société, je veux pouvoir le faire librement. »


On sent que votre discours, d’autant plus en période électorale, est très politique. Est-ce le rôle de Secours Catholique Caritas France au niveau national d’avoir une vision et un discours un peu plus politique pour interpeller ceux qui font les lois ?


Je crois que cette dimension politique est très importante au Secours Catholique. Elle a toujours été présente mais a été mise entre parenthèses durant des années où on était plus dans l’action de terrain, de la distribution aussi. Depuis quelques années, il y a un vrai basculement qui se fait dans une dimension extrêmement politique, dans le sens le plus noble du terme. Et ça se fait conjointement avec une valorisation de la parole des personnes en précarité. Parce qu’on ne peut pas tenir un discours politique cohérent et fondé, si on n’a pas d’abord écouté les personnes qui vivent la précarité pour savoir ce qu’elles pensent de tous ces changements.


« Il faut la solidarité mais aussi la fraternité »


Les actions passées nourrissent en quelque sorte le discours politique d’aujourd’hui ?


Absolument, il y a continuité dans ce que l’on fait. On ne fait pas un virage à 180°. On sait qu’on voudrait abandonner la distribution par exemple, car on se dit que ce n’est pas digne pour les gens. Mais en même temps, dans certains lieux, il y en a besoin car il n’y a rien d’autre. Donc il faut garder la possibilité d’aider les gens à payer une facture etc. Mais en même temps, il faut trouver le moyen de les associer, de leur rendre leur dignité en leur donnant la joie de participer à une action collective où ils se sentent utiles.


Finalement, le Secours Catholique aura peut-être réussi sa mission quand il arrêtera justement de donner, de distribuer ?


Si les plus pauvres retrouvent leur place dans la société, leur droit de parole et qu’ils peuvent s’exprimer, ont un revenu décent etc. Et puis si ceux qui vivent bien, ont la chance d’aller bien, ont un regard bienveillant et fraternel sur leur voisin. Là aussi cette dimension de fraternité est essentielle. Il faut la solidarité mais aussi la fraternité.


Justement, est-ce pour avoir cette parole plus politique que vous vous êtes engagée à la tête du Secours Catholique ?


Alors, le Secours Catholique est venu me chercher, je n’avais jamais pensé à être candidate. Mais c’est vrai que l’institution voulait comme présidente quelqu’un qui soit à l’aise dans le discours politique et qui aime ça. Il y a beaucoup de gens à qui cela fait peur, qui n’ont pas l’habitude. Et moi, ça me plaît, j’en comprends le sens, et je trouve que c’est une dimension importante.


Pourquoi était-ce important pour vous de venir en Drôme Ardèche ?


Alors ce soir, il était important de faire connaître justement l’autre visage du Secours Catholique, car malheureusement on en a encore une image un peu vieillotte des années 70-80. Donc montrer qu’on a toute cette dimension de plaidoyer politique, de recherche de la dignité des personnes. J’en profite aussi pour rencontrer les équipes – je l’ai fait hier (ndlr : mercredi 8 février) dans la Loire – pour leur montrer de la reconnaissance. Car on a tous besoin d’être reconnu. Et puis cela permet d’instaurer un dialogue, que l’on puisse se poser des questions, qu’ils comprennent bien les évolutions. Car il y a des bénévoles qui sont là depuis 25 ans et ont un peu de mal à bouger. Et je rencontre aussi des personnes que l’on accueille qui sont dans des difficultés de vie, dans la précarité, qui ont des paroles très fortes et qui m’éclairent, me nourrissent. Je peux avoir une parole sensée et à peu près cohérente que si je suis nourrie par ce terrain. J’ai toujours fonctionné comme cela et j’en ai besoin.


Propos recueillis par Flora Chaduc



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