CULTURE

• Mercredi 8 mars 2017 à 9h37

À la découverte des grottes de Mandrin

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    Pas de légende pour cette photo

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    Patrick Charrier, habitant et agriculteur sur le plateau de Lautagne, montre le chemin dans l'étroit boyau qui conduit à la chambre de Mandrin.

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    On devine dans la paroi rocheuse cette grotte...

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    Vue panoramique de Valence par le fenêtre de roche de la dite-salle à manger de Mandrin.

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    Patrick Charrier sur le lit de Mandrin...

Le célèbre contrebandier Louis Mandrin, exécuté à Valence en 1755, aurait eu une « cache » dans une grotte située au nord du plateau de Lautagne. Un lieu que l’on découvre avec émotion mais qu’il n’est pas si facile de trouver… « Monté sur la potence, je regardais la France, je vis mes compagnons à l’ombre d’un buisson »…voilà quelques versets de la complainte de Mandrin qui permettent bien de l’imaginer avec ses hommes, cachés derrière des buissons accrochés à la paroi rocheuse au nord du plateau de Lautagne.


En hiver, lorsque la nature se dénude ou lorsque le tout jeune printemps n’a point encore installé des bouquets de verdure sur la carcasse sombre des arbres, de loin, des niches dessinent sur un fond de roche grise un chapelet d’ombres noires… ce sont les grottes de Mandrin.

Alors cache du célèbre contrebandier ? Légende ou pas légende ? Il est à penser que Mandrin y a séjourné, brièvement peut-être, et que recherché et condamné à mort, il s’y est réfugié. Difficile d’en obtenir la certitude mais pourquoi ces rumeurs auraient-elles couru depuis tant de siècles s’il n’y avait à la base une vérité ? Monette, octogénaire et agricultrice du plateau de Lautagne à la retraite, confirme : « j’ai toujours entendu dire par mes parents et grands-parents que Mandrin avait dormi dans ces grottes et que plus bas dans une autre, il y mettait son cheval » .

Dans les années 50-60, c’était l’endroit choisi pour passer l’après-midi du jeudi, jour de congés de l’époque pour les écoliers. Celles-ci étant d’accès difficile pour les tout-petits, la promenade s’arrêtait à la grotte du cheval, en contrebas, dans la rude montée du chemin de Lautagne. C’était un renfoncement en forme de coude sous paroi haute, avec deux entrées distantes de quelques mètres. Pour les enfants commençait l’aventure et l’on imaginait un personnage à la haute stature et au cheval gris pommelé pour mieux se confondre avec la roche. Les ados quant à eux entreprenaient l’ascension par un sentier buissonneux et abrupt jusqu’à la grotte afin de ramper jusqu’à la chambre de Mandrin.



Le lit de Mandrin


En effet, il est dit qu’une pierre plate de belle dimension située dans une des cavernes de la falaise rocheuse du plateau de Lautagne aurait servi de couche à Mandrin. Pour y accéder, il faut connaître car les cavités sont nombreuses et l’entrée en est si étroite et s’y basse que l’on ne peut y arriver qu’en rampant. Il faut donc s’engager sous la roche et à l’aide des avant-bras et des genoux se propulser dans un boyau étroit d’approximativement 10 mètres de longueur.

Puis soudain, la voûte s’élève et apparaît ce qu’il est plaisant d’appeler la salle à manger de Mandrin, cavité à vue d’œil de 3 m de large sur 1,80 m de hauteur puisque l’on peut s’y tenir debout. Une fenêtre dans la paroi amène de la clarté et offre une vue panoramique de Valence. Là, l’esprit fait un bond en arrière. Que voyait Mandrin au xviii e siècle ? Et bien des étendues de champs, des fermes, car Valence était une ville maraîchère arrosée par les canaux qui serpentaient au travers d’elles, permettant l’arrosage des jardins.

Le regard se fait à la pénombre et c’est alors que là, sur la droite, à l’abri du vent du nord, une pierre plate se dessine comme suspendue entre le sol et le plafond de voûte, la couche de Mandrin… Émotion et sourire soulagé… Ouf, elle est bien là, semblable à ce qu’elle était il y a… fort longtemps ! Et la pensée s’attarde… pourquoi cette plaque de granit est-elle distante du sol de plus de 1 mètre comme pour l’isoler d’un sol trop froid ? La nature aurait elle devinait qu’un célèbre justicier des humbles viendrait s’y réfugier et qu’elle devait lui créer une couche à sa mesure ?



Profil des grottes


Il est fort agréable de se rendre dans ses grottes et de découvrir leur imposant extérieur. Qui imaginerait sur Valence, surplombant le quartier Châteauvert, une paroi rocheuse aussi vertigineuse ! Une falaise où belvédère, corniche, pergola de granite créent un paysage fabuleux au pied duquel on se sent tout petit. Des colonnes trapues en forme de pattes de gallinacés séparent les cavités et semblent bien décidées à jouer leur rôle de soutien jusqu’à la nuit des temps. Deux étages en dénivelé s’y dessinent et se rejoignent en leur intérieur. L’on peut y voir, scellés de chaque côté d’une ouverture, des capteurs enregistrant les mouvements de la paroi rocheuse.


Comment y accède-t-on ?


Situées dans des propriétés privées, il est maintenant difficile d’accéder aux grottes de Mandrin. Cependant, les propriétaires et agriculteurs sont tolérants, et à chacun de prendre des précautions et de respecter les cultures principalement de blé qui déjà, en ce mois de février, ont des pousses fragiles de 15 centimètres qu’il convient de ne pas piétiner.

C’est donc un peu en « contrebandiers promeneurs » que l’on s’y rend. Par le bas du plateau, un sentier buissonneux s’élève jusqu’à la plateforme qui permet un arrêt propice à leur contemplation. Par le haut, c’est la frange du plateau nord de Lautagne, là où des cyprès et thuyas centenaires font leur travail de « coupeur de vent », qui en ouvre le passage, raidillon abrupt, tracé par des pieds chaussés de bonnes chaussures.

Une promenade familiale où petits et grands viennent se détendre et découvrir l’histoire de Mandrin dans une nature sauvage qu’il convient de préserver.



Christiane Girard (CLP)

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Né en février 1725 en le village de Saint-Etienne de Saint Geoirs, il est dit que Louis Mandrin prenait aux riches pour donner aux pauvres. En tout cas c’est la renommée qu’il s’était faite en luttant contre l’application d’impôts et taxes royales que les fermiers généraux venaient prélever auprès du peuple qu’ils oppressaient, alors qu’eux-mêmes vivaient dans l’opulence. Ces actions déplurent et il fut recherché. Condamné à mort, il fut arrêté en 1755 et exécuté le 25 mai de la même année place des Clercs à Valence où a été installée une plaque commémorative portant l’inscription « Louis Mandrin a été exécuté ici le 26 mai 1755 ».

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