ÉCONOMIE

• Samedi 8 avril 2017 à 9h49

La méthanisation, une énergie pour demain

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    à gauche, Arnaud Maîtrepierre de l'agence Ectare, discute avec le porteur de projet Michel Rozand, de certains détails techniques concernant la centrale qui pourrait bien alimenter les serres du lycée horticole de Romans.

Les serres du lycée horticole pourraient bien être chauffées, dans un avenir proche, par une petite centrale de méthanisation accolée à l’établissement. Alors que l’enquête publique est achevée, le conseil municipal vient d’adopter une délibération en faveur du projet, en attendant l’avis du commissaire enquêteur qui tombera les prochains jours. À Bourg-de-Péage, le projet Siper, également conçu sur le modèle de la méthanisation, attend une issue favorable depuis plusieurs années.


Économie circulaire, développement durable, énergie nouvelle. Les mots reviennent fréquemment dans les médias, alors que beaucoup parlent de crise écologique sans précédent. Dans le Nord Drôme, à proximité de Romans, un agriculteur du quartier rural des Balmes a longuement réfléchi à la question. Michel Rozand, céréalier et entrepreneur de travaux agricoles, entend désormais se lancer dans la méthanisation. Pour lui, nul doute qu’il s’agit-là d’un nouveau modèle, censé encourager l’économie locale, utiliser les ressources d’un territoire, créer une synergie entre les entreprises du coin, et tout cela, bien sûr, au bénéfice de la planète.


« J’ai toujours eu une sensibilité et je crois que n’importe quel agriculteur qui se respecte doit, un tant soit peu, aimer la nature et la protéger » , affirme-t-il. « Mais j’avais aussi envie de tenter quelque chose de nouveau et d’aider un jeune agriculteur. C’est pourquoi je me suis associé avec Thibault Foulhoux sur ce projet. Le point de départ, c’est la communauté d’agglomération Valence-Romans Sud Rhône-Alpes qui voulait créer une unité de méthanisation dans le coin » .

Petit retour en arrière. En septembre 2010, l’Agglo missionne un cabinet spécialisé pour une étude stratégique concernant ce processus innovant sur le territoire. Le cabinet choisi, Solagro, identifie d’abord localement les « gisements » de déchets organiques et des débouchés par le biogaz, les cartographies, émet plusieurs scénarios et organise quatre réunions d’information sur le territoire.



Petite superficie, gros investissement


« Je me suis rendu à l’une de ces réunions et j’ai déclaré que j’étais intéressé » , raconte Michel Rozand. En 2012, il crée Bioteppes, une société par actions simplifiée qu’il a fondée avec son jeune associé. Lui-même détient 62 % des parts et Thibault Foulhoux 5 %, quand 33 % sont détenus par une Société d’économie mixte locale (ce qui permet à l’Agglo d’investir dans certains projets). Mais si la superficie de la future centrale est relativement petite (16 000 m 2), le coût n’est en revanche pas moindre. 3,4 millions d’euros d’investissement sont nécessaires, dont 240 000 apportés par Bioteppes, 650 000 subventionnés par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et peut-être une autre part prise en charge par la Région une fois l’autorisation préfectorale délivrée. Le reste sera couvert bien entendu par l’emprunt.


Cogénération


Pour la partie technique du projet, une mission a été confiée au cabinet Ectare, bureau d’études spécialisé en environnement. La centrale Bioteppes fonctionnera par cogénération, par un processus de production de chaleur et d’électricité à partir de biogaz, mais pour obtenir celui-ci, il faut de la « matière première », c’est-à-dire des intrants (déchets agricoles, déchets verts, déchets agroalimentaires, évalués à 10 000 tonnes par an pour le Nord Ouest Romanais). En fin de chaîne, un résidu de matière organique, incompressible, de matière minérale (azote, phosphore) et d’eau est stocké temporairement pour ensuite servir d’engrais. Les agriculteurs du coin viendront le chercher et effectueront son épandage pour fertiliser le sol. « On est complètement dans l’économie circulaire, puisqu’un cycle complet gagnant-gagnant s’opère » , certifie Michel Rozand. « En l’occurrence, nous avons deux types d’agriculteurs partenaires. Ceux qui en amont nous amènent leur fumier, auxquels on rend service puisqu’ils n’ont plus besoin de le stocker. Ce fumier nous servira à générer du méthane. Et puis il y a ceux qui mettent à disposition leurs terres pour un épandage réglementé. Parfois certains agriculteurs font partie des deux catégories » .

Si certains expriment leurs inquiétudes vis-à-vis d’un tel projet, les élus du conseil municipal n’ont pas hésité, tous bords confondus (excepté le Front national) à donner son avis favorable, après une présentation effectuée jeudi soir par Arnaud Maîtrepierre, responsable de l’agence Ectare. Reste à avoir celui du commissaire enquêteur, à la mi-avril, mais aucun des deux n’a pouvoir de décision en la matière. C’est le préfet de la Drôme qui, en fonction des éléments dont il a connaissance, prendra deux arrêtés dans les prochains, l’un délivrant le permis de construire et l’autre l’autorisation d’exploiter.



Cyril Lehembre


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Sur l’agglomération romano-péageoise, Bioteppes n’est pas la seule entreprise à vouloir implanter une centrale de méthanisation. À quelques kilomètres de là, la société Siper («Sizeranne production d’énergies renouvelables ») fondée à Chatuzange-le-Goubet au milieu des années deux mille, a obtenu un permis de construire pour une unité de ce type en zone industrielle de Bourg-de-Péage. Mais un collectif d’opposants s’étant constitué, la procédure a été ralentie et la centrale Siper, à ce jour, n’est toujours pas sortie de terre. « Nous avons adapté le projet pour être davantage en accord avec certains souhaits du collectif », souligne Bertrand Jamonet qui doit prendre la direction de la future centrale. « Nous avons cédé une grande partie du capital à une société spécialisée, appelée Bionerval, qui gère déjà cinq autres unités de méthanisation en France. Mais surtout, nous avons abandonné l’idée de cogénération et le procédé choisi sera celui de l’injection directement dans le réseau de gaz. Il n’y aura plus de rejet de cheminée. À partir de maintenant, au lieu de passer par avocats interposés, nous rentrons en discussion amiable avec les opposants ». Quant à savoir si le projet Siper sera concurrent de celui de Bioteppes, Bertrand Jamonet se veut rassurant : « Nous ne travaillerons pas avec les mêmes produits, ni les mêmes entreprises » , affirme-t-il. « Sur le territoire, il y aurait même la place pour une troisième centrale. La Drôme est en retard sur ce type d’énergie renouvelable. Je ne me bats pas seulement pour enfin réaliser un projet personnel, je me bats pour la méthanisation qui est véritablement un secteur d’avenir ».

2 commentaires

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Vos commentaires

  • larat joseph

    Bonjour
    Le méthane oui mais pas dans ces conditions . Nous venons de monter un collectif de défense intitulé Défense de notre cadre de vie et de notre patrimoine .
    Ce projet moins idyllique qu’il n’y parait . En effet des nuisances olfactives et bruits seront présentes des le départ de cette exploitation . nous vous proposons de vous présenter nos doléances lors d’une interview
    merci cordialement

  • larat joseph

    Bonjour

    Nous demandons un droit de réponse pour cet article . nous venons de créer une association de défense de notre environnement et de nos biens .
    Merci de bien vouloir me contacter
    06 21 76 19 11

    cordialement