SOCIÉTÉ

• Lundi 24 avril 2017 à 9h53

69 ans de fidélité aux urnes

Janine Boyadjian avec ses deux dernières cartes électorales : la nonagénaire est prête à voter sur Internet s'il le faut, mais pas question de manquer de rendez-vous avec les urnes. La Péageoise n'a raté aucune élection depuis 1948.

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    Janine Boyadjian avec ses deux dernières cartes électorales : la nonagénaire est prête à voter sur Internet s'il le faut, mais pas question de manquer de rendez-vous avec les urnes. La Péageoise n'a raté aucune élection depuis 1948.

Elle est née un 23 avril 1927. Hasard du calendrier. Janine Boyadjian aura 90 ans, le jour du premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril 2017. Ce jour-là, elle ne fêtera pas son anniversaire. Cette habitante de Bourg-de-Péage ira, dimanche prochain, déposer son bulletin dans l’urne, naturellement, comme elle l’a toujours fait. « Non seulement c’est normal d’y aller, mais cela devrait être obligatoire, je ne comprends pas qu’on nous annonce près de 30 % d’abstentionnistes » , s’alarme la vieille dame.


Elle, en revanche, vote depuis 69 ans. Encouragée par son mari, Antranik, qu’elle a épousé en 1947, elle s’inscrit sur les listes électorales en 1948. Le geste a valeur forte quatre ans après une date historique, celle de l’obtention du droit de vote des femmes en France. Avant de s’appeler Boyadjian, elle avait été la fille d’immigrés Polonais, les Jedrzejak, venus d’un pays soumis après guerre au joug communiste et qui ne bénéficiait pas du même système démocratique qu’en France…

« Mais moi, j’ai toujours été Française » , précise-t-elle. Comme pour signifier la chance d’habiter dans le pays des droits de l’Homme. « Je ne me souviens plus très bien de la première élection à laquelle j’ai participé, si c’était un vote national ou local, mais je puis vous affirmer que je n’ai jamais manqué d’aller me rendre aux urnes le dimanche » , poursuit-elle.

À la maison, les discussions vont bon train. Janine et Antranik, bien que de sensibilité politique proche, ne sont pas toujours d’accord. Et les débats s’engagent aussi avec les enfants. Aujourd’hui encore, cela discute ferme, y compris avec les petits-enfants. « Quand mon fils de Romans vient boire le café, on parle, on argumente, on s’oppose et c’est intéressant » , explique la nonagénaire, abonnée à plusieurs journaux nationaux et très au fait du programme des candidats. « Je ne suis pas tout à fait déterminé sur la personne, mais je sais vers où mon cœur balance » .

En 69 années de « devoir civique » accompli, son souvenir électoral le plus marquant reste le soir du 21 mai 1981. « Nous étions tous en famille, les enfants, les frères, les sœurs, oncles et tantes devant la télévision, à un peu plus de huit heures du soir. Je me rappelle que l’image du vainqueur se dessinait peu à peu de haut en bas. J’ai immédiatement reconnu le crâne de Mitterrand » .

Mais Jeanine Boyadjian ne vit pas que dans le passé, et elle sait être moderne aussi. « Je me suis mise à Internet pour rester en contact avec les enfants et les petits-enfants éloignés. Si demain on passe au vote électronique, je saurai me débrouiller sans être obligée de passer par l’isoloir » . Rendez-vous est pris !



Cyril Lehembre

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