ENVIRONNEMENT

• Lundi 1 mai 2017 à 9h42

Compostage partagé : recycler ses épluchures en mode collectif

L’association Compost et Territoire souhaiterait à terme évoluer en Société Coopérative (SCOP ou SCIC), pour affirmer la dimension entrepreneuriale de son projet.

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    L’association Compost et Territoire souhaiterait à terme évoluer en Société Coopérative (SCOP ou SCIC), pour affirmer la dimension entrepreneuriale de son projet.

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    Le poisson d'avril préparé par Compost et Territoire, en installant "pour de faux" des bacs de compostage collectif en face de la mairie de Valence (Place Juiverie). Une façon d'alerter les pouvoirs publics valentinois, encore trop peu impliqués dans la cause.

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    Audrey Morot présente le site de compostage collectif du Beau Garage (quartier Latour-Maubourg), qui sera bientôt inauguré par Compost et Territoire.

Certes, des solutions existent aujourd’hui pour qui veut recycler ses biodéchets dans son appartement (avec un lombricomposteur). Mais l’absence de jardin reste tout de même un frein majeur pour celui souhaitant pouvoir composter – notons que 30 % des déchets produits par personne chaque année sont organiques, et donc recyclables par une activité de compostage. C’est pour répondre à cette difficulté que trois femmes : Blandine de Montmorillon (maître-composteur), Marion Bonneau (maître-composteur) et Audrey Morot (chargée de développement), toutes trois entièrement converties à la cause du compostage, ont créé en janvier 2015 l’association : « Compost et Territoire », qui compte aujourd’hui une cinquantaine de membres.


Basée sur Valence, « Compost et Territoire » s’est donnée pour mission de promouvoir le compostage de proximité sur la Drôme et l’Ardèche, deux départements à fort potentiel en la matière. « Nous savions que cela existait déjà sur d’autres territoires et que cela fonctionnait, explique Audrey Morot, chargée de mission pour l’association.  » En effet, le compostage collectif est très implanté à Chambéry, Lyon ou encore Besançon… les bacs de compostage faisant désormais intégralement partie du mobilier urbain*.


Qu’est-ce que le compostage collectif ?


Il s’agit très simplement de bacs de compostage mis à la disposition de tous, à l’image des containers de tri sélectifs que l’on connaît déjà, dans lesquels chacun apporte ses déchets organiques. Le site de compostage, appelé placette, est composé au minimum de trois bacs, et peut être facilement installé dans un jardin public, une résidence ou au pied d’un immeuble. La seule contrainte étant la nécessité pour le compost d’être en contact direct avec le sol – il suffit le cas échéant de « décroûter » quelques mètres carrés de bitume.

Pour autant, déposer des bacs en bois au coin d’une rue n’est pas suffisant. Trois ingrédients sont indispensables à la bonne mise en place du projet : des habitants sensibilisés et motivés (une quinzaine de personnes est un minimum), un guide-composteur ou une personne référente pour conduire et encadrer l’activité (on compte en moyenne un guide-composteur pour 10 composteurs), et une volonté affichée des pouvoirs publics.

Concernant le premier et le second point, « Compost et Territoire » s’occupe de tout. « Nous sommes en capacité de former les référents et les guides-composteurs, précise Audrey Morot, d’aider les habitants motivés à faire aboutir leur projet et à le rendre pérenne. » En revanche, là où le bât blesse, c’est sur la volonté politique. Cette dernière semble en effet hésitante à se mettre en marche, du moins sur Valence, malgré les efforts de « Compost et Territoire » pour l’en convaincre. Et l’association a besoin d’elle pour installer le compostage collectif à l’échelle de la cité.



De nombreux avantages


Pourtant, les arguments en faveur de la mutualisation du compostage ne manquent pas : valoriser les déchets, produire un engrais de qualité, s’inscrire dans une démarche de développement durable, sans compter le bénéfice évident sur les finances publiques. « Un site de compostage partagé permet de recycler trois tonnes de déchets organiques par an, assure Audrey Morot, c’est toujours cela de moins à recycler pour la collectivité, sans compter l’économie réalisée sur le transport des déchets. » Quant à l’investissement de départ, il est très peu onéreux, puisque seule la formation du référent et du guide-composteur et l’achat des bacs de compostage sont nécessaires – sur ce dernier point, précisons que l’Esat de Recoubeau-Jansac, dans le Diois, fabrique des bacs, ce qui ferait de surcroît travailler une filière locale ; ajoutons que l’Ademe propose aujourd’hui une subvention à hauteur de 50 % de l’investissement et de l’accompagnement aux communes qui se lanceraient dans le compostage collectif. Mais l’intérêt le plus remarquable de la démarche est sans doute la vertueuse création de lien social engendrée auprès des habitants d’un même immeuble ou d’un même quartier. Habitants qui ont imaginé ensemble une façon d’améliorer leur lieu de vie commun. Bref, le compostage collectif est une première étape vers l’autogestion. Et ce n’est sans doute pas la quarantaine de ménages du quartier Saint-Ruf à Valence, qui utilise un site de compostage partagé depuis 2013, qui dira le contraire. Et pour les mauvaises langues qui objecteraient les odeurs ou les rats, « S’il y a des nuisances, assure Audrey Morot, c’est que quelque chose ne va pas dans le mode opératoire… un compost, c’est propre. »

Pas de doute, le compostage collectif est un véritable cheval de Troie pour faire entrer la Nature dans les villes, et faire entrer le citadin dans une démarche d’écoquartier. « La ville s’est coupée du vivant, conclut Audrey Morot, le compostage collectif en milieu urbain réinterroge notre rapport à la Nature et à la ville. »



Frédéric Coutisson



*À titre d’exemple, la ville de Rennes propose 300 sites de compostage collectif ; et Besançon, qui s’est également investi dans le processus, présente un chiffre de 163 kg d’ordures ménagères/habitant/an, où la moyenne nationale est à 265 kg.


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